jeudi 16 avril 2026

mardi 14 avril 2026

La branche RION

         En termes de chronologie, l’histoire des RION commence par celle des DANTON à l’extrême fin du XVème siècle dans le petit ville de Charny-le-Bachot, à une quarantaine de kilomètres au nord de Troyes. Pierre DANTON n’est pas le plus ancien de la lignée mais c’est à son sujet que l’on possède les premiers renseignements. Il exerce le métier de laboureur. Jusque-là, rien que de très habituel sauf que son fils Jehan DANTON va, quelque part, forcer le destin d’ordinaire réservé aux enfants de paysans, en accédant à la charge de Procureur du Roy auprès du baillage d’Arcis. Son fils, Jean DANTON, exerce lui aussi une fonction similaire mais, cette fois, au baillage de Plancy l’Abbaye. On ne peut savoir s’il s’agit de la nécessité impérieuse de préserver les intérêts de la famille, comme on l’a vu dans la haute noblesse, mais Jean DANTON épouse, en 1615, sa propre cousine Marie DANTON, la fille de son oncle Nicolas DANTON, frôlant ainsi la consanguinité. De cette union naissent 5 enfants dont deux garçons : Jean DANTON dont l’arrière-arrière-petit-fils n’est autre que le célèbre révolutionnaire Georges Jacques DANTON guillotiné sur ordre de Robespierre en 1794, et Jacques Liévin DANTON qui, comme son père, va exercer la charge de procureur du Roy au baillage de Plancy.



C’est ce dernier qui nous intéresse car c'est de lui que descend directement notre branche. Jacques Liévin DANTON épouse Jeanne HUOT qui va lui donner 9 enfants. Parmi ceux-ci, Jean et Gilles poursuivent une carrière dans les pas de leur père mais on ne saura jamais ce qui a poussé l’aîné Henri DANTON à rompre avec sa famille ; un grave différend, semble-t-il ou une condamnation, qui sait ?  Toujours est-il qu’il quitte la région pour se refaire une nouvelle vie ailleurs. Au début des années 1660, alors qu’il parvient à la trentaine, on le retrouve à Jouy-lès-Reims. C’est là qu’il épouse une jeune fille de la région, Elisabeth PRIMAULT, de 10 ans sa cadette. Le couple s’installe dans le village voisin de St Euphraise d’où est originaire la mariée. Elle va lui donner 13 enfants dont 7, au moins,  atteignent l’âge adulte. Tous seront laboureurs comme a choisi de l'être leur père, à l'instar de ceux de sa lignée.

En 1708, Jean DANTON, le 10ème de la fratrie, épouse Marguerite MASSON, une jeune femme venue du village de Courlandon, situé 20km à l’ouest, dont les parents sont laboureurs. De cette union naît Robert DANTON dont la fille Marguerite DANTON se marie en 1767 avec un jeune cordonnier de 23 ans, Jean RION, qui gagne sa vie en cheminant de ville en ville. Il est natif de Sapogne, dans les Ardennes où son père Jacques RION dit « Jaco » est manouvrier et berger tandis que sa mère Marguerite LAMAIN est la fille du fournier local. Le plus ancien représentant connu de la famille s’appelait Jacques RION et était né à Connage, en 1651, où il travaillait en qualité de laboureur.

Né en 1776 à St Euphraise, Jean Marie Joseph RION, le fils de Jean RION et de Marguerite DANTON épouse Marie Josèphe DANTON, native de Bouilly. Elle est la petite fille en secondes noces de Robert DANTON, cité plus haut, et de Marguerite PETON, ce qui fait d’elle la belle-fille de Marguerite DANTON qui est aussi l’épouse de son beau-père Jean RION. La famille connaît une embellie car Marie Josèphe est bientôt reconnue comme propriétaire tandis que Jean Marie Joseph, son mari, acquiert le statut de maître cordonnier tout en étant aussi cabaretier. Marie-Josèphe donne naissance à 13 enfants mais, s’il était indispensable d’avoir de nombreux enfants pour espérer en voir certains atteindre l’âge adulte, les temps sont en train de changer car ils ne sont, cette fois, que 3 à décéder en bas âge.

Né en 1824, Louis Rémy RION, le cinquième de la fratrie travaille en qualité d’aubergiste aux côtés de son père. Il épouse, en 1857, la jeune Louise Céline CHATELAIN, une blanchisseuse âgée de 21 ans, originaire de Pargny-lès-Reims. Le couple s’installe à Bouilly où Céline va aussi tenir l’épicerie. On constate effectivement que les temps ont changé car ils ne sont que deux enfants à naître de cette union, deux filles : Marie Apolline en 1860 et Maria Berthe, sa sœur cadette en 1869. Cette dernière devient orpheline un an tout juste après sa naissance lorsque son père Louis Rémy meurt à l’âge de 45 ans.

Maria Berthe RION n’a pas encore 17 ans lorsqu’elle fait la connaissance de Charles François Edouard BARDOUX, un vigneron de 20 ans originaire de Jouy-lès-Reims. Ils se marient en 1886 à Germigny. 

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Georges DANTON (1759-1794)
C’est un petit cousin issu de la branche restée vivre à Plancy l’Abbaye et Arcis-sur-Aube tandis que son aïeul, notre ancêtre Henri DANTON a abandonné la terre natale pour aller vivre du côté de la Montagne de Reims. Il y a fondé un foyer mais aussi une famille qui au fil des générations s’est solidement implantée dans la région. Les DANTON d’Arcis-sur-Aube ont, quant à eux, continué à prospérer, occupant des fonctions respectables dans l’administration locale les classant même au sein de la bourgeoisie à prétention nobiliaire. Né en 1759, Georges Jacques DANTON reste une figure majeure de la Révolution. Avocat de son métier et par conséquent orateur persuasif, il est membre actif du Comité de Salut Public qui gouverne alors la France d’une main de fer et devient, en 1793, ministre de la Justice. Dans le climat de suspicion et de complotisme qu’entretient Robespierre, il se voit accuser d’espionnage au profit de l’Angleterre.

Il est guillotiné à Paris le 5 avril 1794 à l’âge de 34 ans. Sur le chemin qui le conduit à l’échafaud il s’adresse haut et fort à son ancien compagnon de route :« Robespierre, tu me suis ! Ta maison sera rasée ! On y sèmera du sel ! ». Il ne pouvait pas si bien dire, Robespierre le chef des insoumis passait 3 mois plus tard sous la lame de la guillotine.

Danton a conservé une forte popularité dans la mémoire des Français. Il possédait cette qualité que d’autres au sein du Comité de Salut Public considéraient comme de la faiblesse : la compassion et l’empathie. C’est peut-être pour nous qui sommes ses lointains parents l’occasion d’en tirer une réelle fierté.



La branche BARDOUX

         Avec la branche BARDOUX, le moins que l’on puisse dire est que nous n’allons pas être au bout de nos surprises. Il n’était que temps. Enfin un peu de piment ! on finit tellement par s’ennuyer qu’on n’est pas loin de s’endormir sur des lauriers bien fanés. Réveillons-nous, il est temps d’en finir avec ce ronronnement stérile qui nous est proposé depuis qu’on passe en revue nos histoires de famille ! Du côté des BREDILLARD et des MONCOURT, les générations se sont littéralement cristallisées dans le cocon protecteur de leurs bouts de vigne, obsédées par la volonté de maintenir en l’état la propriété, quitte pour cela à n’avoir plus qu’un enfant. « Grand-père BARDOUX » et « Grand-mère RION » vont enfin animer l’histoire de notre famille et la sortir de la confortable et si ennuyeuse routine dans laquelle elle évolue depuis près de cinq siècles pour la plonger dans une autre dimension. Car les BARDOUX, que l’on s’est empressé de taxer d’émigrés lorsqu’ils ont élu domicile aux Sablons, peuvent se permettre, contrairement à bien d’autres, dont certains donneurs de leçon dont il vaut mieux taire le nom, d‘afficher un arbre généalogique qui les rattache directement à l’aristocratie seigneuriale. Et là, c’est l’Histoire de France qui s’invite.

Vignerons de père en fils

En attendant, le premier des BARDOUX s’appelle Jean dit « l’Aîné », né en 1600. Il est vigneron et habite avec son épouse Liesse HERPILLAT, le village de Coulommes-la-Montagne, à 15km à l’ouest de Reims. Leur fils Jean BARDOUX « l’Ancien » épouse Jeanne DORIGNY, native comme lui de Coulommes-la-Montagne. Ils ont un fils Sébastien BARDOUX dont la naissance en 1641 laisse entendre que les parents se sont mariés très jeunes, lorsque Jeanne devait avoir autour de 16 ans. Sébastien BARDOUX se marie en premières noces avec Marie SOIGNY dont il va avoir 5 enfants avant que celle-ci ne décède à 35 ans. Le couple avait quitté Coulommes pour aller s’installer dans le village voisin de Pargny-les-Reims.  

Coulommes-la-Montagne, berceau de la famille BARDOUX

Parmi leurs enfants, Jean BARDOUX, né à Pargny-les-Reims en 1683, épouse en 1699, alors qu’il a tout juste 16 ans, une femme de 30 ans, Simonne DRAVENNY qui habite Pargny. Celle-ci donne naissance à 3 enfants avant de mourir quatre ans plus tard, en 1703. Jean BARDOUX se remarie peu de temps après avec Jeanne LABASSÉ, une jeune femme de Jouy-lès-Reims qui vient d’avoir 20 ans. Des 6 enfants nés de leur union, deux parviennent à l’âge adulte, Henry et Lié BARDOUX. Ce dernier va repartir vivre à Coulommes-la-Montagne, le berceau de la famille, après avoir épousé une lointaine cousine, Françoise BARDOUX.

Henry BARDOUX, leur second fils, nait, quant à lui, à Pargny en 1710. Comme son père et son grand-père, il choisit le métier de vigneron. En 1734, il épouse Simone BRIÉ, une jeune femme de Pargny-lès-Reims, issue, elle aussi, d’une famille de vignerons. Ils perdent une fille en bas âge mais leurs 3 garçons arrivent, en revanche, à l’âge adulte.

Le premier, Rémy BARDOUX dit « le Jeune » épouse en secondes noces Marie Jeanne POSTE, une jeune femme de Coulommes dont le père est vigneron. Ils vont avoir 6 enfants. De son côté, Jean-Baptiste BARDOUX, le second de la fratrie, épouse son arrière petite cousine, Barbe BARDOUX. Le troisième, Jean Henry Rémy BARDOUX, se marie, quant à lui, avec Marie CHAUVET, une jeune femme originaire d’Ormes, à quelques kilomètres de Pargny.


Se marier entre cousins, n’est-ce pas, direz-vous, générer un risque de consanguinité ? Cela ne semble pas affoler les enfants de Rémy le Jeune et de son frère Jean Henry Rémy. Le fils du premier, Jean Rémy BARDOUX épouse en effet la fille du second Anne Elisabeth BARDOUX en 1794. De leur mariage naissent 5 petits BARDOUX.

L'aîné, Rémy Joseph BARDOUX épouse en 1817 Marie Adélaïde BERGERONNEAU, une fille de vignerons locaux qui va mettre au monde 7 enfants. Les BERGERONNEAU sont loin d’être des inconnus pour les BARDOUX, le père de Marie Adélaïde ayant, en effet, épousé en premières noces Jeanne BARDOUX dont il venait d’avoir un fils avant que celle-ci ne décède à l’âge de 25 ans. Celle-ci était aussi l’arrière petite nièce de Jean BARDOUX qui n’était autre que l’arrière-arrière-grand-père de Rémy Joseph.

De son côté, Jean Rémy épouse, en 1833, Marguerite Adélaïde DISIRY, une jeune fille de 20 ans originaire de Jouy-lès-Reims dont le père, comme on s’en doute, est vigneron.

Rémy Joseph BARDOUX et son épouse Marie Adélaïde ont 7 enfants dont, chose exceptionnelle, seul le dernier décèdera en bas âge. Jean Rémy BARDOUX, le second de la fratrie épouse, en 1848, Marguerite Francine DISIRY, une jeune fille de 20 ans originaire de Jouy-lès-Reims. Celle-ci n’est autre, bien évidemment que la petite sœur de Marie Adélaïde DISSIRY (ou DISIRY) qu’a épousé Jean Rémy 10 ans plus tôt.

De cette union vont naître 3 enfants : 2 filles, Louise Valentine Victoire BARDOUX (1849-1898) qui épouse Jean Baptiste  BOYER et Marie Adélaïde Joséphine BARDOUX  (1852-1898) qui épouse Jean Nicolas PERSEVAL, un vigneron dont la famille est aujourd’hui bien connue pour son champagne. Quant au garçon, il n’est autre que Charles François Edouard BARDOUX, né en 1865, l’inoubliable « Grand-père BARDOUX » dont l’histoire va suivre.

De financier à vigneron

Intéressons-nous pour le moment à son grand-père, Jérome DISIRY, un vigneron de Jouy-lès-Reims originaire de Gueux, un village niché sur le flanc nord de la Montage de Reims. Il est l’époux de Marie-Pérette AUBRY dont la famille installée à Jouy-lès-Reims se consacre à la vigne depuis un bon nombre de générations. Son aïeul Henri AUBRY (1630-1680) a été l’époux de Marie Nicole LALLEMENT dont le père Nicolas Guillaume LALLEMENT, originaire de Chalons-sur-Marne était connu comme marchand tanneur mais surtout écuyer et seigneur de Togny, un village des bords de Marne situé au sud-est de Chalons. Son père a été anobli par François II en 1560. La famille LALLEMENT exercera aux cours des XVIIème et XVIIIème siècle de hautes fonctions auprès du roi de France, principalement dans le domaine des finances.

Les portes de la noblesse

Nicolas Guillaume LALLEMENT, notre aïeul, a épousé Marie DUBOIS, la fille de Nicolas DUBOIS, un marchand de Chalons qui a changé son nom en DU BOIS DE CRANCÉ lorsqu’il a été anobli et est devenu écuyer. Il est seigneur de Villers sous Mouzon au sud-est de Sedan et de Crancé . La famille va connaître ses heures de gloire sous le règne Louis XIV lorsque plusieurs de ses membre occuperont le poste de gouverneur de Chalons. Classé monument historique, l’hôtel DUBOIS DE CRANCÉ en conserve la mémoire.

Drouët DUBOIS, le grand-père de Marie, marchand bourgeois de Chalons, est membre du conseil de la ville où il figure parmi les 7 personnes les plus fortunés. Sa famille y est connue depuis le XIVème siècle et n’a cessé d’y exercer des charges anoblissantes mais ce n’est, semble-t-il, que sous François 1er que Drouët DUBOIS accède vraiment à la noblesse et acquiert le droit de porter blason. Il épouse Julienne de PINTEVILLE dont le grand-père Nicolas Colet de PINTEVILLE portait le titre de vicomte de Germinon, de seigneur de Moncetz, des Istres et Bury et de Revigny. Il a été tué en 1465 lors de la bataille de Montlhéry qui a opposé le roi Louis XI aux armées de la Ligue du Bien Public conduite par le Comte de Charolais. Comme une partie de la noblesse champenoise, il avait été séduit par les soutiens de Charles le Téméraire et les défenseurs de l’indépendance des grandes principautés féodales face à la volonté de Louis XI de centraliser les pouvoirs.

Originaires du Verdunois, les PINTEVILLE sont connus depuis le XIIème siècle. Alliée au fil des générations à la petite noblesse locale, la famille s’est déplacée vers Chalons lorsqu’au cours de la Guerre de Cent Ans, le roi Jean le Bon a confié, en 1359, à Henric de PINTEVILLE, écuyer du diocèse de Verdun, la défense de la ville de Chalons. La famille de PINTEVILLE s’est, dès lors, définitivement installée en Champagne, y étant doté de nouveaux titres de seigneuries en sus du fief ancestral de Revigny. Les PINTEVILLE ont aussi conservé le nom de leur terre d’origine à quelques 12 lieues à l’est de Verdun.

Le fils d’Henric, Ludovic de PINTEVILLE, qui est aussi le père de Nicolas et donc le grand-père de Julienne, épouse, aux alentours de 1420, Isabeau de WATRONVILLE, une jeune femme issue d’une famille de la noblesse locale déjà implantée au XIIIème siècle et évoluant depuis dans la mouvance des ducs de Bar. En 1330, son arrière grand-père, Robert II de WATRONVILLE avait épousé Jeanne DARGIES, la fille de Gaubert 1er, seigneur de Dargies et de Catheux, deux fiefs de Picardie. Celui-ci était surtout l’époux d’Ide de NESLE, la fille de Jean III de NESLE, comte de Soissons et seigneur de Chimay et de Marguerite de MONTFORT, la fille d’Amaury VI de MONTFORT et la petite fille de Simon IV de MONFORT.

Quand la Petite Histoire se mêle à la Grande

 

Simon de Montfort (c.1160-1218)
un ancêtre célèbre mais aussi très controversé, à l'image de son temps

Le personnage de Simon de MONTFORT (c.1160-1218) ne dit, étrangement, plus rien aux générations d’aujourd’hui alors qu’il a hanté toutes celles qui se sont succédé depuis le début du XIIIème siècle. Il résume, à lui seul, toute l’histoire du midi lorsqu’à eu lieu la terrible croisade contre les Cathares qui a mis à feu et à sang l’ancien comté de Toulouse. (NDLR : En tant que son  descendant direct, j’aimerais lui rendre justice en accusant tous les grands princes de l’époque de s’être lâchement défaussés sur lui car, même s’il était en Angleterre Comte de Leicester, il n’était, ici, rien d’autre qu’un membre de la petite noblesse d’Ile de France. En 1209, lorsqu’il a fallu prendre une décision sur la suite à donner à la croisade contre les Cathares, on s’est entendu pour lui « refiler le bébé ». On l’a ensuite revêtu des titres de comte de Carcassonne et de Toulouse, lui faisant miroiter des territoires et une gloire personnelle qui, après des année d’incessants combats, s’est arrêtée net sous les murs de Toulouse).

Simon meurt d’un traumatisme crânien le 25 juin 1218, frappé par une pierre lancée des murailles de Toulouse. Les défenseurs de la ville exultent mais, côté croisé, c’est la consternation. Son corps est conduit à Carcassonne avant d’être rapatrié sur les terres familiales des Montfort, au sud-ouest de Paris. Il est encore compliqué, aujourd’hui, d’honorer la mémoire d’un ancêtre aussi controversé tant il est associé aux évènements qui ont si profondément meurtri les territoires qui correspondent à l’actuel département de l’Aude au début du XIIème siècle. Il est facile de mettre Simon de Montfort au pilori mais il n’a été qu’un serviteur fidèle du pape Innocent III et de ses tout puissant légats. Ce sont ces derniers qui ont jeté l’anathème et provoqué les massacres de Béziers ou encore de Minerve. Souvenons-nous simplement de la façon dont il a été accueilli par l’archevêque de Narbonne, les portes de la ville lui ayant été fermées l’obligeant de camper en rase campagne avec l’interdiction pour son épouse Alix de Montmorency d’aller simplement saluer sa cousine Marguerite l’épouse du vicomte Amaury III de Narbonne. Simon de Montfort a été propulsé à la tête de la croisade contre les Cathares, sans qu’on lui demande son avis par les Grands du Royaume conscients du piège que cela représentait. Il est mort d’avoir vécu d’illusions alors qu’il n’avait été qu’un jouet au service des intérêts supérieurs du royaume. Alors, accordons-lui miséricorde.


 
On reprend :

Grand-père BARDOUX, Charles François Edouard, plus communément appélé Edouard, ignore qu’il a eu un ancêtre aussi prestigieux et, de toutes les façons, sa vie n’en aurait pas été changé. Il était né à Jouy-les-Reims le 14 septembre 1865, 2 mois tout juste après la mort de son père Jean Rémy, décédé à l’âge de 44 ans. Il est le benjamin de la fratrie, sa mère, Francine, ayant déjà mis au monde 3 filles et un garçon. Une de ses sœurs est décédée peu après sa naissance. Dans la famille, on est vignerons de père en fils, propriétaires de quelques hectares de vigne et de champs qui permettent de vivre chichement quand le climat le veut bien. Ses deux sœurs aînées déjà mariées, Valentin, son grand frère, n’a eu, dès l’adolescence, d’autre choix que de consacrer tout son temps à la vigne, aux côtés de Francine, leur mère. Dès son enfance, Edouard a été, lui aussi, affecté aux travaux des champs. Ayant grandi sans être jamais allé à l’école, il parvient à l’âge adulte ne sachant ni lire ni écrire. En 1884, il vient d’avoir 19 ans lorsque sa mère et son frère tombent, tous deux, gravement malades. Il lui faut prendre soin d’eux tout en faisant marcher la petite entreprise vigneronne. Au moment des vendanges, la famille héberge, comme à son habitude, des saisonniers italiens et de la main d’œuvre locale. Elles sont notamment deux jeunes filles, des belles-sœurs, dont l’une, Berthe RION, a particulièrement attiré le regard d’Edouard. Celle-ci a à peine 15 ans et est orpheline de son père décédé quelques mois après sa naissance. Edouard prend le risque de lui faire sa déclaration d’amour, ce qu’elle accepte. Berthe doit, cependant, repartir dans sa famille et Edouard se retrouve seul à prendre soin de sa mère et de son frère dont l’état ne cesse de s’aggraver. Valentin s’éteint le 13 février 1885 à l’âge de 29 ans. 

Une jeunesse faite de sacrifices

Cette nouvelle ne fait qu’aggraver la santé de Francine. Elle compte désormais sur, Edouard, son petit dernier qui, par amour filial, s’engage à assurer, à lui seul, le travail de la modeste exploitation, à commencer bien sûr par l’entretien de la vigne, sans oublier les soins prodigués au cheval, le nettoyage de l’écurie, le labourage, les semailles et les moissons ainsi que la culture du fourrage. Les vendanges arrivent mais rien ne se passe comme attendu. Berthe est bien revenue pour l’occasion mais elle loge chez un voisin. Pour Edouard, la situation devient de plus en plus compliquée car sa mère, elle-même, lui confie qu’elle ne pourra plus assumer le travail de la maison et qu’elle attend qu’il informe, rapidement, sa fiancée des tâches qui vont lui revenir quand il lui faudra faire son service militaire. Les vendanges viennent de s’achever lorsque Francine rechute. La situation devient très vite critique et elle meurt le 28 octobre 1885 à 57 ans. Edouard se retrouve seul à devoir gérer la maigre succession de sa mère sans pouvoir plus longtemps prolonger son exemption de service militaire.

L'année suivante, il épouse Berthe RION, la jeune fille originaire de Bouilly à laquelle il a déclaré sa flamme deux ans plus tôt. Il s’installe avec elle à Jouy-lès-Reims mais le temps presse, il lui faut partir à l'armée.

Quand le sort s'acharne

Malgré une année passée loin de sa jeune épouse, Edouard a réussi à conserver sa vigne et l'a même agrandie d’un demi-hectare supplémentaire mais voilà qu'il a violemment maille à partir avec l’entrepreneur qu’il a chargé de bâtir sa nouvelle maison après que celui-ci a tenté de séduire Berthe. L'artisan exige, alors, d’être payé sur le champ pour les travaux réalisés, ce dont Edouard est incapable. Vient aussi s’ajouter une bien étrange affaire avec le percepteur qui tente de lui faire payer les dettes qu'a laissées un de ses cousins, un autre Charles Bardoux, tonnelier à Pargny avant de fuir la région sans laisser d’adresse. Edouard est de toutes parts assailli par des créanciers alors qu’il n’est qu’un honnête homme. Ne sachant ni lire ni écrire, il est, en fait, une proie idéale pour des gens procéduriers et sans scrupules, prompts à proférer des menaces auxquelles il ne sait répondre. Berthe souffre d’autant plus de cette situation qu’elle doit bientôt donner naissance à son premier enfant. Tous les soirs, à la lueur de la chandelle, elle prend en charge, durant des mois, son propre mari pour l’initier à la lecture et à l'écriture de manière à lui donner des armes indispensables pour résister à tous ceux qui cherchent à s’approprier les fruits de son travail. En 1889, Berthe vient d’avoir vingt ans lorsqu’elle met au monde un garçon que l’on prénomme Fernand. Deux ans plus tard nait Maria. Cette année 1891 va être marquée par les calamités climatiques. Le 20 mai, la grêle s’abat sur Jouy, brisant les vignes et écrasant les bourgeons. Il n’y aura pas de raisin à l’automne. Edouard trouve, alors, un place de garde-champêtre en échange d’un maigre salaire, de quoi tenir jusqu’à l’hiver. Passée cette épreuve, la vie reprend, dans sa normalité et le 25 avril 1893, voit le jour un second garçon qu’on appelle Lucien.  

Le 28 octobre 1895, Berthe et Edouard aménagent dans la maison qu'a mis à leur disposition le régisseur du château de Romon, un domaine viticole situé sur la commune de Mailly-Champagne appartenant au comte Chandon de Briaille. Edouard y a été embauché comme vigneron. Mais à peine vient-il d’installer sa famille qu’il voit frapper à sa porte les créanciers et leurs obscures procédures, combinant intérêt et principal avec, en queue de liste le montant restant à payer. Il leur explique qu’il lui faut d’abord nourrir ses enfants mais ceux-ci harcèlent, dès lors, son patron pour effectuer des saisies sur son salaire. Celui-ci se laisse d’autant moins faire qu’il apprécie le travail d'Edouard. Il parvient à faire en sorte qu’ils ne puissent toucher au salaire journalier de son employé et se contentent d’une faible retenue annuelle sur la tâche des vignes. 

Le miracle de Puisieulx

Edouard donne tout son temps au travail en s’efforçant de gérer les soucis de santé de chacun. Et c'est à présent Fernand et Maria qui tombent tous deux malades au grand désespoir de Berthe qui imagine déjà le pire. N’ayant pas de médecin, Edouard part à Reims chercher des médicaments mais ceux-ci n’ont pas l’effet escompté. De désespoir, il s’en remet, alors, à la providence. On est le jour de Pâques. Edouard est fébrile ; il va d’un bout à l’autre de la maison. Il s’arrête tout à coup et d’un ton presque autoritaire, il dit à sa femme « Habille vite Fernand, je vais l’emmener avec moi à la messe à Puisieulx ». Berthe n’a jamais vu son mari dans un tel état de tension, d’autant plus qu’il ne fréquente guère les curés. Elle prépare son fils dans la précipitation mais celui-ci est bien trop faible pour accompagner son père. Comme poussé par une force mystérieuse, Edouard prend seul le chemin de l’église. A-t-il, en son for intérieur, été averti qu’un évènement doit se produire mais, comme il le raconte lui-même, il a vécu un moment des plus singuliers : « au moment de l’élévation du Saint Sacrement, une vision m’est apparue ; la Sainte Vierge étendait ses mains sur ma tête, et dans mon esprit, j’ai senti que mes enfants étaient sauvés ». Bouleversé et inquiet à la fois, il rentre précipitamment chez lui et oh ! miracle, la fièvre est tombée. Ses deux enfants sont guéris. Les yeux baignés de larmes, il remercie Dieu de sa pitié. Satisfait de son travail, le comte Chandon accorde, qui plus est, un terrain à Edouard pour y faire pousser des légumes autant qu’il le peut.

Edouard le syndicaliste

En 1901, alors que la famille s’est agrandie de trois nouveaux enfants, Louis, Marthe et Paul. Edouard se résout à quitter le château de Romon, dont la situation isolée est devenue un véritable problème pour leur scolarisation. L’école est très loin de tout pour les petits, le chemin est trop chaotique, sans compter l’hiver où il faut enjamber la neige. Le 1er novembre, la famille BARDOUX déménage pour Rilly-la-Montagne où Edouard vient de trouver un nouvel emploi chez M. Emile Perrin, producteur de champagne. Mais comme poursuivi par une interminable malédiction, les créanciers recommencent à s’acharner sur lui et font pression sur son nouvel employeur pour procéder à des saisies sur son salaire. Ils sont, toutefois, déboutés comme ils l’avaient été par le précédent patron d’Edouard. Les années passent alors dans une relative sérénité même si, comme le reconnaissait Edouard lui-même « nous n’étions pas toujours heureux, il fallait travailler dur pour élever notre famille qui augmentait toujours ». Déjà père de 6 enfants lorsqu’il est venu habiter à Rilly-la-Montagne, Edouard assiste, en 1905, à la naissance d’Alice puis quatre plus tard à celle de Julien. Berthe est toujours aux côtés d’Edouard, dans les bons et les mauvais moments. Et voilà justement qu’en 1913, il est remercié par la maison Perrin pour avoir adhéré au syndicat des ouvriers vignerons, considéré comme l’ennemi mortel des patrons. Dès qu’il apprend la situation, le propriétaire de la maison qu’il loue à Rilly-la-Montagne donne congé à Edouard et l’oblige à quitter les lieux dans les plus brefs délais. Il trouve, alors, une place de jardinier dans la commune voisine de Villers-Allerand. Son nouvel employeur, Monsieur Marchet accepte que la famille s’installe dans sa maison mais repart vers Bordeaux peu après le déclenchement de la guerre. De retour à Rilly, après avoir été, une nouvelle fois, victime d’un abus de confiance, Edouard se met au service des femmes dont les maris vignerons sont mobilisés tout en s’occupant de jardinage. Quant aux enfants, ils seront occupés à vendre des journaux jusqu’au début de l’année 1918, lorsqu’éclatera l’offensive allemande.           

Les vendanges 1913

Nous sommes à présent en 1914. Fernand, l’aîné travaille à la vigne comme son père. Maria, la cadette est partie habiter avec son époux Emile MELAT à Epernay où elle est déjà la mère de 3 enfants, Olga, Suzanne et le petit Emile qui vient tout juste de naître. Lucien, le troisième de la fratrie a, à présent 21 ans, et est employé à la vigne avec son frère. Viennent ensuite Louis qui vient a fêté ses18 ans, Marthe, âgée de 15 ans, Paul qui a 13 ans, Alice qui en a 9 et Julien, le petit dernier qui en a 5.

L'ordre de mobilisation générale 

Le 2 août, au soir, le soleil se couche sur Rilly en colorant le ciel d’un rouge si intense que l’on craint que ce ne soit le prélude à l’apocalypse. Cela ne va pas tarder. Dès le lendemain, la guerre est déclarée et la mobilisation générale ordonné pour tous les hommes en âge de se battre. Le tocsin retentit dans toutes les églises de France. Emile, l’époux de Maria, Fernand et Lucien rejoignent leurs centres d’affectation. Emile est envoyé au 155ème Régiment d’Infanterie. De son côté, Fernand est affecté au 151ème Régiment d’Infanterie renommé 351ème, cantonné à St Quentin. Lucien qui effectue encore son service militaire est, quant à lui, intégré au sein du 45ème Régiment d’Infanterie Territoriale. Son unité est chargée de défendre Givet, dans les Ardennes, mais ne peut résister à l’assaut de la 3ème armée allemande. Le 31 août, son état-major capitule. Tous les hommes du régiment sont faits prisonniers et conduits en Allemagne au camp de Zwickau où vont majoritairement être détenus les soldats français. Lucien ne sera libéré qu’à la fin de la guerre.

Mère Courage

Début septembre, la poussée allemande ne faiblit pas. A Rilly-la-Montagne, alors qu’on se prépare aux prochaines vendanges, on voit au loin la ville de Reims bombardée par l’artillerie ennemie. Elle est investie le 3 septembre par les Prussiens. Ceux-ci s’en donnent à cœur joie dans les caves, s’enivrant de champagne au grand dam des états-majors. La fête, cependant, ne va durer qu’une dizaine de jours car, défaits lors de la bataille de la Marne, les Allemands se replient sur les hauteurs de la Montagne de Reims. Un soir, un groupe de uhlans, ces cavaliers extrêmement mobiles que l’état-major allemand envoie dans des missions de reconnaissance, force la porte de la famille BARDOUX. Ils veulent à manger et à boire. Berthe ne se démonte pas malgré les uniformes et les menaces. Elle montre la soupe et les enfants attablés. Il n’y aura rien pour les soldats et de toute façon, le soupe est maigre et peu appétissante. Elle parvient à leur tenir tête. Celui qui semble être leur chef marmonne quelques mots en allemand. On comprend qu’il ordonne à ses hommes de se retirer. Ils partent bredouille. Quel soulagement mais aussi quelque force d’âme ! Quelques jours plus tard, malheureusement, la cathédrale est détruite lors d’un incendie. Les flammes illuminent le ciel pratiquement toute la nuit. La guerre s’est définitivement installée

Dès le début de la guerre, l'incendie de la cathédrale de Reims préfigure à juste titre le désastre auquel nul n'ose encore croire alors

Tombés pour la France

Au printemps 1915, les opérations militaires s’intensifient. Après avoir été envoyé du côté de Verdun, le régiment de Fernand stationne dans la Woevre lorsque son bataillon est désigné pour enlever les hauteurs à l’est du village de Gussainville. C’est au cours de cet assaut qu’il est grièvement blessé à la tête le 5 avril 1915. Il est transporté vers l’hôpital de Tulle où il meurt à 26 ans le 15 mai suivant. Après la Marne, le 155ème Régiment d’Emile a été transféré en Argonne. Il est, au cours de l’automne, engagé dans la seconde bataille de Champagne planifiée par le Général Joffre. Les combats sont on ne peut plus meurtriers de part et d’autre. Les morts se comptent par milliers. Nous sommes le 5 octobre 1915 dans le village de St Hilaire le Grand qui ne ressemble plus qu’à un champ de ruines. Emile est tué sur le coup d’une balle dans la tête tirée par un soldat allemand. Il a 31 ans.

            Pour les habitants de Rilly-la-Montagne, les années de guerre s’égrènent lentement mais la fête qui marquait traditionnellement le temps des vendanges est bien finie. Parvenu à ses 20 ans, Louis, le 3ème garçon de la fratrie est à son tour mobilisé en 1916. Les hommes étant sous les drapeaux, ce sont les vieillards, les femmes et les enfants qui doivent assurer le travail de la vigne. Les opérations militaires se concentrent désormais sur d’autre fronts, du côté de Verdun ou dans le nord. Dans la région, c’est surtout au Fort de la Pompelle, à un vingtaine de kilomètres à l’est que les échauffourées sont fréquentes entre troupes françaises et allemandes.

En 1917, changement de décor. A partir du mois de février, les bombardements reprennent sur Reims, détruisant de nombreux immeubles d’habitations. Ceux-ci s’intensifient même au mois d’avril avant une nouvelle accalmie. Et puis arrive l’année 1918. Constatant la présence de renforts étrangers côté français, l’Etat-Major allemand, passe le premier à l’offensive, craignant de se retrouver à terme en sous-effectif. Reims est bombardée de façon intense. Déjà incendiée en 1914, la cathédrale est en partie détruite tout comme la plupart des immeubles du centre-ville. Les victimes civiles se comptent par centaines. Les autorités commencent à paniquer. Du côté de Rilly-la-Montagne, la situation est aussi critique. Le tunnel du chemin de fer qui part du village pour rejoindre le sud de la montagne de Reims abrite, dit-on, d’importants dépôts d’armes et de munitions. Les obus allemands pleuvent sur le passage souterrain, frappant par la même occasion, les maisons du village. Le maire presse la population d’évacuer dans les plus brefs délais. Prise de court, la famille BARDOUX emporte ce qu’elle peut comme bagages et part à pied vers le sud en direction d’Epernay. Seul, le petit Emile a droit à un moyen de transport, son landau.

Rilly-la-Montagne
L'entrée du tunnel ferroviaire, un endroit devenu haiutement stratégique au cour de la guerre

Fuyez, fuyez, l'ennemi n'est plus loin !

Il faut au moins 4 heures pour atteindre Epernay à pied. La route semble interminable. Voilà enfin que passe un convoi militaire. Voyant la petite troupe avançant péniblement sur le bord de la route, croulant sous les baluchons et les bagages, les soldats s’arrêtent et font monter tout le monde dans les camions. Les voilà enfin à la gare d’Epernay. Toute la famille prend le lendemain matin le train pour Paris. Arrivé aux portes de la capitale, celui-ci emprunte la petite ceinture jusqu’à l’embranchement de la ligne de Lyon. Berthe, Edouard et les enfants, ils sont au total 10, petits et grands, montent dans un train en partance pour Clermont-Ferrand. La locomotive effectue une première halte en gare de Moret-les Sablons afin de faire le plein en eau et en charbon. N’oublions pas que nous sommes au temps des trains à vapeur. Edouard profite de cet arrêt pour se rendre dans le village des Sablons acheter quelques provisions pour les enfants. Ce qui aurait pu passer pour une formalité devient un calvaire. Impossible d’acheter quoique ce soit sans carte d’alimentation. Mais une carte, on n’en jamais eu besoin à Rilly. C'est l'armée qui assurait le ravitaillement. Malgré ses explications et son appel à la compréhension, compte tenu de la détresse dans laquelle se trouve sa famille, les commerçants restent inflexibles. Pas de pain, pas de lait, juste un peu d’eau du puits. Le train repart vers Moulins, le chef-lieu de l’Allier, c’est là que s’achève enfin ce douloureux périple, le ventre désespérément vide. La famille est conduite dans le village de Gennetines jusqu’à l’Ecole Pratique d’Agriculture de l’Allier où elle va être hébergé quelques mois. Chacun essaye alors de rendre les services qu’il peut jusqu’au jour de l’Armistice où la vie va enfin pouvoir reprendre son cours. Edouard décide de prendre le train pour Rilly afin de vérifier si la famille peut retourner y vivre. Louis, de son côté, a été démobilisé et a trouvé du travail à la scierie scierie de Villers-Allerand. C’est là qu’il a fait la connaissance de Marcel MALHEY, un compagnon venu des Ardennes qui travaille dans la même entreprise.

Des étrangers chez eux

Lorsqu’Edouard retrouve sa maison de Rilly, il découvre un spectacle des plus affligeants. Il s’en doutait un peu mais n’avait osé imaginer l’importance des dégâts. La maison n’est plus qu’un amas de ruines, le toit s’est effondré et les murs ne tiennent plus. Des meubles, il n’y a pratiquement plus rien à récupérer. Seules, la machine à coudre de Berthe et une armoire ont, par chance, été épargnées. Reste la solution de démolir le bâtiment et d'en reconstruire un autre mais il n’y arrivera jamais ! Il n’a pas les moyens. A 53 ans, il lui faut envisager de recommencer sa vie ailleurs. Dépité, il reprend le train pour aller annoncer la triste nouvelle à la famille. Au cours de la halte habituelle en gare de Moret-les Sablons, le temps de recharger la locomotive, Edouard se rend au buffet de la gare. C’est là qu’il tombe sur une petite annonce. Une entreprise de Villecerf recherche de la main d’œuvre pour abattre du bois. Il saisit l’opportunité qui s’offre à lui et se fait embaucher. Il explique alors sa situation et se voit proposer par son nouveau patron une maison dans le hameau de Champmerle où il va même pouvoir loger sa famille.

Edouard peut enfin aller annoncer une bonne nouvelle à sa famille. Il a trouvé un travail et de quoi abriter petits et grands, même si le hameau où il va falloir habiter est quelque part plutôt loin de tout. Ils n’y resteront pas longtemps. Maria a préféré, de son côté, repartir avec ses enfants à Epernay. Cela lui permet de revoir son frère Louis qui lui présente un ami à lui, Marcel MALHEY, le gars des Ardennes. Elle ne tardera pas l’épouser et donner naissance à une fille, Yvonne, en 1922. Terrible fatalité, Louis meurt bientôt, écrasé contre un mur de son usine suite à la mauvaise manœuvre d’un camion.    


Au cours de son séjour à Villecerf, Edouard a fait la connaissance de la patronne de l’Hôtel du Bon Abri, aux Sablons, qui lui confie la culture de son potager. Situé sur l’avenue de Fontainebleau, le Bon Abri est, maintenant que la guerre est finie, redevenu une étape incontournable pour bon nombre d’automobilistes de passage, alors même que la circulation ne cesse de se développer. La famille déménage bientôt pour aller habiter au plein cœur des Sablons dans la rue des Petites Bruyères. A désormais 20 ans, Marthe trouve un travail de femme de chambre à l’hôtel du Bon Abri tandis que Paul assiste son père au jardin, commençant à rêver de devenir un jour cheminot, ce qui finira par arriver. A 15 ans, Alice pourrait suivre l’exemple de sa sœur et aller faire le ménage dans les maisons bourgeoises mais elle se sent bien mieux au jardin quand elle aide son père à planter les poireaux ou récolter les haricots. Cette vie au grand air lui donne un sentiment de liberté qui n’a rien à voir avec le fastidieux passage du plumeau sur les cheminées, le battage des édredons ou le pire de tout qu’est le nettoyage des pots de chambre. Les jardins ne manquent pas aux Sablons, au hasard des sentiers qui courent entre les murs et les parcelles. Alice est, en quelque sorte, au Pays des Merveilles. On ne sait comment a pu avoir lieu sa première rencontre avec Louis BREDILLARD, le véritable enfant du pays que tout le monde connaît et qui est là, partout chez lui. Il a les yeux d’un bleu aussi lumineux qu’elle les a d’un brun intense et mystérieux. Au cœur des années folles, croiser une fille qui préférait le travail de la terre, relevait tellement de l’improbable qu’il eut été d’une inconscience absolue de la laisser partir. 

Tout les Sablons se retrouvait comme chaque année au bal du 14 juillet. Et cette année Alice est venue avec sa famille. Louis est là, lui aussi. Il n'est pas mauvais valseur mais il lui faut trouver les mots. Et pour une fois, il va les trouver. Il ne sait pas, non plus, qu'en demandant la main d'Alice, il va unir sa famille qui depuis des siècles n’a jamais vu plus loin que le bout de la lisière de la forêt à une jeune champenoise qui apporte symboliquement dans sa dot toute l’histoire de France.



De son côté, Alice va bientôt réussir le tour de force d'intégrer le clan des BRÉDILLARD-MONCOURT, gardiens farouches d’une tradition paysanne possédante, dont le socle était la terre qu’elle s’efforçait de ne jamais dissoudre dans des successions compliquées. On a, un peu vite, considéré sa famille comme étrangère mais elle vient d’une région vinicole hautement réputée et le raisin figure, en première place, dans sa tradition familiale. Pour le jeune Louis BRÉDILLARD, elle est d’autant plus l’épouse idéale qu’elle sait manier, même plutôt mieux que lui, la bêche et la fourche. Chez les Brédillard, on s’est depuis un bon moment consacré à la culture fruitière, laissant la terre au fourrage et à l’avoine pour les besoins du cheval. Voilà qu’Alice sachant faire surgir de terre bien plus que des haricots, va faire de vignerons par tradition des maraîchers par profession. Alice et Louis se marient à Veneux-les Sablons au mois d’octobre 1926. Par malchance, le photographe initialement prévu est tombé malade dans la nuit. Il faut se passer de la traditionnelle photo de famille. Alice porte, ce jour-là une robe de mariée semblable à celle de sa sœur Marthe et dans les cheveux une couronne de fleurs d’oranger.

Printemps 1927, Louis et Alice BREDILLARD, les jeunes mariés 

 
Ah ! j’oubliais pour le lecteur qui se soit un peu égaré au fil des années, entre épousailles et naissances que Louis BREDILLARD et Alice BARDOUX ont eu une fille Mireille, sans laquelle nous ne serions pas là et surtout sans laquelle cette histoire aussi fabuleuse qu’est celle de notre famille serait à jamais restée dans les oubliettes.

La branche MONCOURT

 C’est en 1901, avec le mariage de Marceline et d’Ulysse, les grands parents de Mireille, que la branche MONCOURT et la branche BREDILLARD s’allient pour la première fois. Voilà près de cinq siècles qu’elles se sont côtoyées sur les chemins qui mènent à leurs vignes et leurs vergers sans s’être unies. Est-ce le fruit d’une rivalité, d’un esprit de clan, de jalousies réciproques ou de vieilles rancœurs, on ne le saura jamais. Mais voilà que les deux familles marient ensemble deux de leurs enfants et vont pouvoir enfin raconter, dans son ensemble, l’histoire de Veneux-les Sablons.

Et François 1er l'Etat Civil

Que disent les premiers registres d’état-civil de Moret-sur-Loing ? Nous sommes encore sous François 1er et il faut savoir que le deux hameaux de Veneux-Nadon et des Sablons ne seront détachés de Moret qu’en 1793. Les MONCOURT sont toujours dans l’ombre mais les premières racines de la généalogie portent déjà des noms. Ce sont d’abord les TANNEUR, les GELIN et les BOUQUOT. Et ils sont….ils sont…..vignerons ! Claude TANNEUR à un fils prénommé Claude qui épouse en 1597 Madeleine, la fille d’Etienne GELIN, vigneron domicilié à Veneux. Il faut attendre quelques générations pour que leur descendance croise la route d’un MONCOURT. Il en est de même pour les BOUQUOT.

Mais commençons par le commencement avec le premier MONCOURT, enfin, celui qui nous concerne car on trouve à l’époque, à Moret, plusieurs familles du même nom. Né justement à Moret aux alentours de 1620, il s’appelle Denis MONCOURT et il est, bien sûr, vigneron. Il a épousé Catherine MONTOYER, une Thomeryonne de 3 ans son aînée dont il a un fils, Jean MONCOURT. Demeurant à Moret et vigneron comme son père, celui-ci épouse Anne CARNAULT, issue, comme on s’en doute, d’une famille de vignerons. Elle a pour mère une fille PRIEUR et pour grand-mère une fille CHARMEUX. CARNAULT, PRIEUR et CHARMEUX : trois noms qui, au fil des générations, vont devenir indissociables de l’histoire à venir. Anne CARNAULT donne naissance à 12 enfants dont 4 seulement vont parvenir à l’âge adulte. Pierre MONCOURT, le 3ème de la fratrie, épouse Catherine POISSON, la fille d’un hôtelier de St Mammès qui lui donne au moins un fils, Jean MONCOURT, dont on ne sait pratiquement rien hormis le fait qu’il épouse en 1726 une jeune morétaine de 16 ans du nom de Geneviève LECLERC, dont le père est vigneron et le grand-père tonnelier. La famille LECLERC entretenait déjà de bonnes relations avec les MONCOURT car Geneviève avait pour marraine Louise MONCOURT, la sœur de Pierre MONCOURT, son beau-père. Elle décède moins de 8 ans après son mariage laissant au moins un fils, Pierre MONCOURT.


Est-ce un des effets de la crise qui frappe depuis quelques années la viticulture locale depuis que le prix du vin s’est effondré, toujours est-il que Pierre MONCOURT abandonne le métier de vigneron pour se faire maçon. Il épouse, en 1756, Marie Anne HUGUENIN dont il a un fils Pierre-Jacques MONCOURT qui devient maçon, lui aussi. Il épouse une jeune femme originaire de Chéroy, Marie-Clotilde DAGUENET. Leur fils Jacques Jean MONCOURT, né en 1791, épouse en 1813 Marie-Geneviève RIGAULT, alliant de nouveau sa famille avec une grande dynastie vigneronne locale. Les RIGAULT sont effectivement vignerons de père en fils depuis au moins 6 générations. Ils se sont alliés aux BOUQUOT en 1645 à l’occasion du mariage entre Joachim RIGAULT et Marguerite BOUQUOT, la petite fille de Simon BOUQUOT répertorié comme vigneron sous le roi Henri IV.

Le temps des calamités

 Le temps des familles nombreuses semble, à cette époque, révolu, laissant entendre soit une baisse de la mortalité infantile, soit une diminution de la fécondité, voire même la montée en puissance d’une petite bourgeoisie rurale soucieuse de ne pas morceler entre plusieurs enfants des biens fonciers dont elle tire à présent profit. Marie-Geneviève RIGAULT et Jacques Jean MONCOURT ont un fils Jean-Joseph, né en 1815 au moment où a lieu un évènement qui va avoir de graves répercussions sur toute la planète, à savoir l’éruption du volcan Tambora en Indonésie. Le nuage de cendres se répand jusqu’en Europe, dissimulant, durant des mois, le soleil derrière un épais brouillard. La baisse des températures est telle que l’été ressemble à un interminable automne. Le raisin ne murît pas, les moissons sont largement déficitaires. On assiste alors à une diminution des mariages et des naissances. A l’inverse de ce que nous connaissons aujourd’hui, les glaciers de Alpes culminent à un niveau jamais vu, menaçant de nombreux villages. Au cours des années 1820, les saisons se succèdent entre pluie et sécheresse faisant varier les cours du blé dans des proportions qui, par bonheur, n’entraînent plus de famines comparables à celles du Moyen-Age tant les émeutes qu’elles déclenchent font figure d’épouvantail auprès de gouvernements désormais inquiets d’être confrontés à une nouvelle révolution. On commence à compenser les mauvaises récoltes par des importations.

L'âge d'or du pinard

A Moret, cependant, la vigne connaît une véritable période de splendeur grâce au développement des moyens de transport et à la montée en puissance des négociants parisiens qui font exploser à la hausse le marché du vin. Il faut accroître la production tant la demande est forte quitte à sacrifier la qualité en introduisant de nouveaux cépages plus rentables. Les crus du Gâtinais deviennent peu à peu des vins bas de gamme mais peu importe, la demande est là. 

En 1837, Jean Joseph MONCOURT épouse Honorine CARNAULT, une jeune vigneronne de 19 ans originaire de Veneux-Nadon. L’arbre généalogique des MONCOURT croise pour la deuxième fois celui des CARNAULT. Le temps a bien passé depuis l’année 1676 où Anne CARNAULT est devenue l’épouse de Jean MONCOURT mais la vraie romance entre les deux familles ne fait que commencer.

Jean Alexandre MONCOURT, le fils aîné de Jean Joseph et Honorine épouse en 1865 Adeline Françoise CARNAULT, une lointaine cousine originaire de Veneux-Nadon comme le reste de la famille. Cette branche généalogique n’est pas des moindres car elle nous ramène, au fil des mariages, aux tous premiers noms de l’histoire familiale locale que sont les TANNEUR et les GELIN. Ils ont, en revanche, disparu après que les filles ont pris le nom de leur époux. Après les TANNEUR, les mariés se sont appelés DUBOULOY, BOISSEAU, PRIEUR, DE VILLENEUVE et RIGAULT, ces derniers n’étant, quant à eux, jamais très loin. Jacques Savinien CARNAULT, le père d’Adeline, avait, quant à lui, épousé Françoise Henriette PRIEUR, une demoiselle  de Veneux-Nadon dont le père Bonaventure PRIEUR avait pris pour épouse Amable Elisabeth DAGRON, issue, de son côté d’une vieille famille de vignerons morétains. On peut dire que l’entre soi fonctionnait alors à merveille entre ces familles qui pouvaient se targuer d’occuper la quasi-totalité de l’espace cultivable.

Les Sablons
L'Avenue de Fontainebleau où habitent les MONCOURT

Jules Alexandre et Adeline ont eu deux enfants, deux filles : Eugénie née en 1863 et Marceline, sa cadette de 15 ans. En 1883, Eugénie épouse Marcel Désiré PRIEUR, un jeune vigneron de 21 ans originaire de Veneux-Nadon tandis que sa petite sœur, Marceline se marie à 20 ans avec Ulysse BREDILLARD reliant pour la première fois les branches MONCOURT et BREDILLARD.  

Devenue PRIEUR, Eugénie donne, en 1887, naissance à une fille Albertine qui épousera Edouard PERRICHON, un vigneron issu d’une vieille famille d’Avon dont les représentants sont connus pour avoir été chaufourniers pendant plusieurs générations.

Quand les BRÉDILLARD s'allient aux MONCOURT

Marceline a, pour son mariage, été dispensée de porter le deuil de son père Jules Alexandre MONCOURT, décédé au cours du printemps 1901. N’ayant eu qu’une sœur, mariée elle aussi, le nom patrimonial de sa famille, jadis quasi emblématique du terroir morétain disparait désormais pour toujours. Les jeunes mariés vont habiter aux Sablons et c’est sur un terrain figurant dans la dot de Marceline, situé au 111 avenue de Fontainebleau, qu’Ulysse fait bâtir leur future maison. Il acquiert, de plus, une parcelle adjacente qui permet de constituer un bel ensemble foncier destiné à la culture.                                                      

        Un an après son mariage avec Ulysse, Marceline met au monde un garçon que l’on prénomme Louis. Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait plus donné ce prénom évocateur des temps de la royauté. Le dernier Louis Brédillard était effectivement mort en 1720 tandis que côté Moncourt, l’aïeul le plus récent était un certain Louis Ambroise Carnault, un arrière-arrière-grand-père de Marceline né en 1751.

Le petit Louis BRÉDILLARD en 1903

        Marceline ne souhaitait pas avoir d’autre enfant, soucieuse de préserver l’intégralité des biens de famille lorsque viendrait le temps de la succession. Une fois l’école terminée, Louis fut initié au métier de ses parents mais cela faisait déjà quelques années que le vignoble local était victime du phylloxera. Il s’agissait d’un puceron qui infestait la racine du cep de vigne jusqu’à le faire mourir en moins de trois ans. On n’avait pas encore trouvé le moyen de produire des cépages résistants à ce fléau et la production vinicole s’était, dans l’intervalle, littéralement effondrée. On s’efforça, alors, de préserver en priorité les crus les plus renommés de Bourgogne, du Bordelais et surtout de Champagne mais jugée de faible qualité, la production gâtinaise fut sacrifiée et les vignerons de la vallée du Loing contraints d’opérer, dans l’urgence, leur reconversion. 
        Jusque-là réservée à la consommation locale, la production fruitière connut, dès lors, une véritable envolée. Poiriers, cerisiers, pruniers,cerisiers, pommiers et pêchers, mais aussi groseillers et framboisiers remplacèrent peu à peu les rangs de vigne jusqu’à ce que se mette en place une culture maraîchère structurée. Restait le chasselas, ce raisin de table qui avait la fortune des producteurs de Thomery. Par bonheur, ce cépage n’avait pas été atteint par le phylloxera mais en avait subi les conséquences en raison des nombreuses restrictions imposées par les autorités. Ulysse avait bien le foin qu’il cultivait en quantité suffisante pour le vendre aux éleveurs mais il lui aurait fallu quelques hectares de plus pour que l’activité soit rentable.

Moret-sur-Loing en 1901
A droite, la célèbre Maison Marquand démolie depuis 

Craignant malgré tout pour l’avenir de son métier, Ulysse envoya son fils Louis apprendre celui de bourrelier auprès d’un artisan installé non loin de la maison de ses parents, au Faubourg d’Ecuelles, près de l’ancien prieuré de Pont-Loup. La bourrellerie était le nom que l’on donnait à la fabrication des harnais et de tous les accessoires en cuir nécessaires à l’attelage et au travail des chevaux, que ce soient les licols, brides, œillères, muserolles, colliers, sellettes, croupières et autres guides. Rappelons simplement qu’au début du XXème siècle, les chevaux restaient essentiels à la plupart des  transports. Ils étaient indispensables aux mariniers pour les transports fluviaux mais le chemin de fer ayant aussi ses limites, c’était à l’aide d’au moins un  cheval que toutes les marchandises étaient livrées à leur destinataire ou chargées sur leurs lieux de production.

Cette maudite guerre

Alors que l'année 1915 touche à sa fin, la mobilisation d’Ulysse pour des terres lointaines laisse Marceline face à des responsabilités auxquelles elle n’avait jamais été préparée. Elle sombre progressivement dans une forme de mélancolie, restant des heures, seule à guetter des nouvelles d’Ulysse qui n’arrivent pas. Il lui faut prendre des décisions, s’occuper de la maison et de son fils mais elle s’enferme souvent dans une inquiétante passivité. Louis est la première victime de cette indifférence. Malgré le mal qu’il se donne pour entretenir les jardins, sa mère se soucie peu de lui. Faire la cuisine est une telle corvée que quelques fruits, un morceau de pain et de fromage avec une poignée de noix suffisent à calmer l’appétit. Louis s'inquiète pour sa mère, la voyant le plus souvent prostrée sur sa chaise, le regard perdu. Il n’ose, toutefois, rien lui demander car il la sent facilement irascible. C’est lui qui cueille les cerises, ramasse les prunes ou les pommes et gaule les noyers. Marceline s’occupe exclusivement de ses pieds de chasselas, de la taille à l’emballage des grappes, de leur cueillette à la conservation dans la pièce qu’Ulysse a aménagé au 1er étage de la maison. 

Il lui arrive, toutefois, d’aller faire le marché à Fontainebleau. Les cerises se vendent toujours très bien, tout comme les prunes, notamment les Reine Claude, abondantes dès le mois d’août, et bien évidemment, son chasselas de septembre. Louis prépare l’attelage du cheval et charge la marchandise sur la charrette. Marceline prend les rênes et s’engage sur la route, à travers la forêt, jusqu’à Fontainebleau. Il lui faut environ une heure et demie pour arriver au marché. Elle pose alors ses paniers de fruits par terre et attend les clients. Elle n’a pas l’âme commerçante mais ses fruits, quelle délice ! Elle repart toujours à vide.

Ulysse s'en revient chez lui

        Ce n’est qu’au début de l’été 1919 qu’Ulysse descend du train, en gare de Moret-les Sablons. Il est de retour, enfin ! Louis est, entre temps, devenu un grand garçon pleinement investi dans le métier de son père tandis que Marceline va, enfin, pouvoir se reposer à nouveau sur son mari.

        Aux Sablons, les années d’avant-guerre ont été marquées par la crise du phylloxera, remettant en cause, dans l’inquiétude, une tradition séculaire qui a nourri une large partie de la population locale depuis le Moyen-Âge. Or, la vigne est, désormais, devenue une sorte de relique du passé. Ses rangs moribonds sont condamnés à disparaître. On a espéré, un moment, planter des cépages résistants au puceron mais le mal est fait et il faut bien se rendre à la raison : le vin local ne servira plus qu’à une consommation familiale, c’est-à-dire presque rien. Mais la terre est toujours bien là et ne demande qu’à être utilisée autrement. 


Les origines (VIIIème-XIIème siècles)

 De Simon de Montfort , nous continuons à remonter le temps. Le première branche nous conduit jusqu'à Charlemagne .