mardi 14 avril 2026

La branche MONCOURT

 C’est en 1901, avec le mariage de Marceline et d’Ulysse, les grands parents de Mireille, que la branche MONCOURT et la branche BREDILLARD s’allient pour la première fois. Voilà près de cinq siècles qu’elles se sont côtoyées sur les chemins qui mènent à leurs vignes et leurs vergers sans s’être unies. Est-ce le fruit d’une rivalité, d’un esprit de clan, de jalousies réciproques ou de vieilles rancœurs, on ne le saura jamais. Mais voilà que les deux familles marient ensemble deux de leurs enfants et vont pouvoir enfin raconter, dans son ensemble, l’histoire de Veneux-les Sablons.

Et François 1er l'Etat Civil

Que disent les premiers registres d’état-civil de Moret-sur-Loing ? Nous sommes encore sous François 1er et il faut savoir que le deux hameaux de Veneux-Nadon et des Sablons ne seront détachés de Moret qu’en 1793. Les MONCOURT sont toujours dans l’ombre mais les premières racines de la généalogie portent déjà des noms. Ce sont d’abord les TANNEUR, les GELIN et les BOUQUOT. Et ils sont….ils sont…..vignerons ! Claude TANNEUR à un fils prénommé Claude qui épouse en 1597 Madeleine, la fille d’Etienne GELIN, vigneron domicilié à Veneux. Il faut attendre quelques générations pour que leur descendance croise la route d’un MONCOURT. Il en est de même pour les BOUQUOT.

Mais commençons par le commencement avec le premier MONCOURT, enfin, celui qui nous concerne car on trouve à l’époque, à Moret, plusieurs familles du même nom. Né justement à Moret aux alentours de 1620, il s’appelle Denis MONCOURT et il est, bien sûr, vigneron. Il a épousé Catherine MONTOYER, une Thomeryonne de 3 ans son aînée dont il a un fils, Jean MONCOURT. Demeurant à Moret et vigneron comme son père, celui-ci épouse Anne CARNAULT, issue, comme on s’en doute, d’une famille de vignerons. Elle a pour mère une fille PRIEUR et pour grand-mère une fille CHARMEUX. CARNAULT, PRIEUR et CHARMEUX : trois noms qui, au fil des générations, vont devenir indissociables de l’histoire à venir. Anne CARNAULT donne naissance à 12 enfants dont 4 seulement vont parvenir à l’âge adulte. Pierre MONCOURT, le 3ème de la fratrie, épouse Catherine POISSON, la fille d’un hôtelier de St Mammès qui lui donne au moins un fils, Jean MONCOURT, dont on ne sait pratiquement rien hormis le fait qu’il épouse en 1726 une jeune morétaine de 16 ans du nom de Geneviève LECLERC, dont le père est vigneron et le grand-père tonnelier. La famille LECLERC entretenait déjà de bonnes relations avec les MONCOURT car Geneviève avait pour marraine Louise MONCOURT, la sœur de Pierre MONCOURT, son beau-père. Elle décède moins de 8 ans après son mariage laissant au moins un fils, Pierre MONCOURT.


Est-ce un des effets de la crise qui frappe depuis quelques années la viticulture locale depuis que le prix du vin s’est effondré, toujours est-il que Pierre MONCOURT abandonne le métier de vigneron pour se faire maçon. Il épouse, en 1756, Marie Anne HUGUENIN dont il a un fils Pierre-Jacques MONCOURT qui devient maçon, lui aussi. Il épouse une jeune femme originaire de Chéroy, Marie-Clotilde DAGUENET. Leur fils Jacques Jean MONCOURT, né en 1791, épouse en 1813 Marie-Geneviève RIGAULT, alliant de nouveau sa famille avec une grande dynastie vigneronne locale. Les RIGAULT sont effectivement vignerons de père en fils depuis au moins 6 générations. Ils se sont alliés aux BOUQUOT en 1645 à l’occasion du mariage entre Joachim RIGAULT et Marguerite BOUQUOT, la petite fille de Simon BOUQUOT répertorié comme vigneron sous le roi Henri IV.

Le temps des calamités

 Le temps des familles nombreuses semble, à cette époque, révolu, laissant entendre soit une baisse de la mortalité infantile, soit une diminution de la fécondité, voire même la montée en puissance d’une petite bourgeoisie rurale soucieuse de ne pas morceler entre plusieurs enfants des biens fonciers dont elle tire à présent profit. Marie-Geneviève RIGAULT et Jacques Jean MONCOURT ont un fils Jean-Joseph, né en 1815 au moment où a lieu un évènement qui va avoir de graves répercussions sur toute la planète, à savoir l’éruption du volcan Tambora en Indonésie. Le nuage de cendres se répand jusqu’en Europe, dissimulant, durant des mois, le soleil derrière un épais brouillard. La baisse des températures est telle que l’été ressemble à un interminable automne. Le raisin ne murît pas, les moissons sont largement déficitaires. On assiste alors à une diminution des mariages et des naissances. A l’inverse de ce que nous connaissons aujourd’hui, les glaciers de Alpes culminent à un niveau jamais vu, menaçant de nombreux villages. Au cours des années 1820, les saisons se succèdent entre pluie et sécheresse faisant varier les cours du blé dans des proportions qui, par bonheur, n’entraînent plus de famines comparables à celles du Moyen-Age tant les émeutes qu’elles déclenchent font figure d’épouvantail auprès de gouvernements désormais inquiets d’être confrontés à une nouvelle révolution. On commence à compenser les mauvaises récoltes par des importations.

L'âge d'or du pinard

A Moret, cependant, la vigne connaît une véritable période de splendeur grâce au développement des moyens de transport et à la montée en puissance des négociants parisiens qui font exploser à la hausse le marché du vin. Il faut accroître la production tant la demande est forte quitte à sacrifier la qualité en introduisant de nouveaux cépages plus rentables. Les crus du Gâtinais deviennent peu à peu des vins bas de gamme mais peu importe, la demande est là. 

En 1837, Jean Joseph MONCOURT épouse Honorine CARNAULT, une jeune vigneronne de 19 ans originaire de Veneux-Nadon. L’arbre généalogique des MONCOURT croise pour la deuxième fois celui des CARNAULT. Le temps a bien passé depuis l’année 1676 où Anne CARNAULT est devenue l’épouse de Jean MONCOURT mais la vraie romance entre les deux familles ne fait que commencer.

Jean Alexandre MONCOURT, le fils aîné de Jean Joseph et Honorine épouse en 1865 Adeline Françoise CARNAULT, une lointaine cousine originaire de Veneux-Nadon comme le reste de la famille. Cette branche généalogique n’est pas des moindres car elle nous ramène, au fil des mariages, aux tous premiers noms de l’histoire familiale locale que sont les TANNEUR et les GELIN. Ils ont, en revanche, disparu après que les filles ont pris le nom de leur époux. Après les TANNEUR, les mariés se sont appelés DUBOULOY, BOISSEAU, PRIEUR, DE VILLENEUVE et RIGAULT, ces derniers n’étant, quant à eux, jamais très loin. Jacques Savinien CARNAULT, le père d’Adeline, avait, quant à lui, épousé Françoise Henriette PRIEUR, une demoiselle  de Veneux-Nadon dont le père Bonaventure PRIEUR avait pris pour épouse Amable Elisabeth DAGRON, issue, de son côté d’une vieille famille de vignerons morétains. On peut dire que l’entre soi fonctionnait alors à merveille entre ces familles qui pouvaient se targuer d’occuper la quasi-totalité de l’espace cultivable.

Les Sablons
L'Avenue de Fontainebleau où habitent les MONCOURT

Jules Alexandre et Adeline ont eu deux enfants, deux filles : Eugénie née en 1863 et Marceline, sa cadette de 15 ans. En 1883, Eugénie épouse Marcel Désiré PRIEUR, un jeune vigneron de 21 ans originaire de Veneux-Nadon tandis que sa petite sœur, Marceline se marie à 20 ans avec Ulysse BREDILLARD reliant pour la première fois les branches MONCOURT et BREDILLARD.  

Devenue PRIEUR, Eugénie donne, en 1887, naissance à une fille Albertine qui épousera Edouard PERRICHON, un vigneron issu d’une vieille famille d’Avon dont les représentants sont connus pour avoir été chaufourniers pendant plusieurs générations.

Quand les BRÉDILLARD s'allient aux MONCOURT

Marceline a, pour son mariage, été dispensée de porter le deuil de son père Jules Alexandre MONCOURT, décédé au cours du printemps 1901. N’ayant eu qu’une sœur, mariée elle aussi, le nom patrimonial de sa famille, jadis quasi emblématique du terroir morétain disparait désormais pour toujours. Les jeunes mariés vont habiter aux Sablons et c’est sur un terrain figurant dans la dot de Marceline, situé au 111 avenue de Fontainebleau, qu’Ulysse fait bâtir leur future maison. Il acquiert, de plus, une parcelle adjacente qui permet de constituer un bel ensemble foncier destiné à la culture.                                                      

        Un an après son mariage avec Ulysse, Marceline met au monde un garçon que l’on prénomme Louis. Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait plus donné ce prénom évocateur des temps de la royauté. Le dernier Louis Brédillard était effectivement mort en 1720 tandis que côté Moncourt, l’aïeul le plus récent était un certain Louis Ambroise Carnault, un arrière-arrière-grand-père de Marceline né en 1751.

Le petit Louis BRÉDILLARD en 1903

        Marceline ne souhaitait pas avoir d’autre enfant, soucieuse de préserver l’intégralité des biens de famille lorsque viendrait le temps de la succession. Une fois l’école terminée, Louis fut initié au métier de ses parents mais cela faisait déjà quelques années que le vignoble local était victime du phylloxera. Il s’agissait d’un puceron qui infestait la racine du cep de vigne jusqu’à le faire mourir en moins de trois ans. On n’avait pas encore trouvé le moyen de produire des cépages résistants à ce fléau et la production vinicole s’était, dans l’intervalle, littéralement effondrée. On s’efforça, alors, de préserver en priorité les crus les plus renommés de Bourgogne, du Bordelais et surtout de Champagne mais jugée de faible qualité, la production gâtinaise fut sacrifiée et les vignerons de la vallée du Loing contraints d’opérer, dans l’urgence, leur reconversion. 
        Jusque-là réservée à la consommation locale, la production fruitière connut, dès lors, une véritable envolée. Poiriers, cerisiers, pruniers,cerisiers, pommiers et pêchers, mais aussi groseillers et framboisiers remplacèrent peu à peu les rangs de vigne jusqu’à ce que se mette en place une culture maraîchère structurée. Restait le chasselas, ce raisin de table qui avait la fortune des producteurs de Thomery. Par bonheur, ce cépage n’avait pas été atteint par le phylloxera mais en avait subi les conséquences en raison des nombreuses restrictions imposées par les autorités. Ulysse avait bien le foin qu’il cultivait en quantité suffisante pour le vendre aux éleveurs mais il lui aurait fallu quelques hectares de plus pour que l’activité soit rentable.

Moret-sur-Loing en 1901
A droite, la célèbre Maison Marquand démolie depuis 

Craignant malgré tout pour l’avenir de son métier, Ulysse envoya son fils Louis apprendre celui de bourrelier auprès d’un artisan installé non loin de la maison de ses parents, au Faubourg d’Ecuelles, près de l’ancien prieuré de Pont-Loup. La bourrellerie était le nom que l’on donnait à la fabrication des harnais et de tous les accessoires en cuir nécessaires à l’attelage et au travail des chevaux, que ce soient les licols, brides, œillères, muserolles, colliers, sellettes, croupières et autres guides. Rappelons simplement qu’au début du XXème siècle, les chevaux restaient essentiels à la plupart des  transports. Ils étaient indispensables aux mariniers pour les transports fluviaux mais le chemin de fer ayant aussi ses limites, c’était à l’aide d’au moins un  cheval que toutes les marchandises étaient livrées à leur destinataire ou chargées sur leurs lieux de production.

Cette maudite guerre

Alors que l'année 1915 touche à sa fin, la mobilisation d’Ulysse pour des terres lointaines laisse Marceline face à des responsabilités auxquelles elle n’avait jamais été préparée. Elle sombre progressivement dans une forme de mélancolie, restant des heures, seule à guetter des nouvelles d’Ulysse qui n’arrivent pas. Il lui faut prendre des décisions, s’occuper de la maison et de son fils mais elle s’enferme souvent dans une inquiétante passivité. Louis est la première victime de cette indifférence. Malgré le mal qu’il se donne pour entretenir les jardins, sa mère se soucie peu de lui. Faire la cuisine est une telle corvée que quelques fruits, un morceau de pain et de fromage avec une poignée de noix suffisent à calmer l’appétit. Louis s'inquiète pour sa mère, la voyant le plus souvent prostrée sur sa chaise, le regard perdu. Il n’ose, toutefois, rien lui demander car il la sent facilement irascible. C’est lui qui cueille les cerises, ramasse les prunes ou les pommes et gaule les noyers. Marceline s’occupe exclusivement de ses pieds de chasselas, de la taille à l’emballage des grappes, de leur cueillette à la conservation dans la pièce qu’Ulysse a aménagé au 1er étage de la maison. 

Il lui arrive, toutefois, d’aller faire le marché à Fontainebleau. Les cerises se vendent toujours très bien, tout comme les prunes, notamment les Reine Claude, abondantes dès le mois d’août, et bien évidemment, son chasselas de septembre. Louis prépare l’attelage du cheval et charge la marchandise sur la charrette. Marceline prend les rênes et s’engage sur la route, à travers la forêt, jusqu’à Fontainebleau. Il lui faut environ une heure et demie pour arriver au marché. Elle pose alors ses paniers de fruits par terre et attend les clients. Elle n’a pas l’âme commerçante mais ses fruits, quelle délice ! Elle repart toujours à vide.

Ulysse s'en revient chez lui

        Ce n’est qu’au début de l’été 1919 qu’Ulysse descend du train, en gare de Moret-les Sablons. Il est de retour, enfin ! Louis est, entre temps, devenu un grand garçon pleinement investi dans le métier de son père tandis que Marceline va, enfin, pouvoir se reposer à nouveau sur son mari.

        Aux Sablons, les années d’avant-guerre ont été marquées par la crise du phylloxera, remettant en cause, dans l’inquiétude, une tradition séculaire qui a nourri une large partie de la population locale depuis le Moyen-Âge. Or, la vigne est, désormais, devenue une sorte de relique du passé. Ses rangs moribonds sont condamnés à disparaître. On a espéré, un moment, planter des cépages résistants au puceron mais le mal est fait et il faut bien se rendre à la raison : le vin local ne servira plus qu’à une consommation familiale, c’est-à-dire presque rien. Mais la terre est toujours bien là et ne demande qu’à être utilisée autrement. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les origines (VIIIème-XIIème siècles)

 De Simon de Montfort , nous continuons à remonter le temps. Le première branche nous conduit jusqu'à Charlemagne .