lundi 13 avril 2026

La branche BRÉDILLARD

 La généalogie de la branche BREDILLARD raconte l’histoire de familles vouées, depuis le Moyen-Age et peut-être même avant, au travail de la vigne, et cela dans un tout petit espace. Les gouvernements du Bas-Empire Romain avaient jugé vital de fixer le paysan à sa terre. On peut dire que s’il est un endroit où ils ont réussi à faire passer leur message, c’est bien à Moret et à Veneux-les-Sablons, ou Veneux-Nadon comme on disait avant la Révolution. On compte sur les doigts d’une main les alliances familiales nouées avec des gens venus d’ailleurs, et encore, surtout pas plus loin que Thomery ! Seuls les CHESNEAU vont ajouter une réelle teinte d’exotisme, venus, de leur côté, du village pourtant pas si éloigné de Montarlot, mais il faudra attendre 1865 pour qu’un tel mariage se réalise.

La parcellisation des terres entre les familles de Moret les a profondément enracinées dans cet étroit secteur limité à l’ouest par la Forêt de Fontainebleau, un domaine royal aux limites bien gardées et, à l’est par la Seine et le Loing. Dès le Haut Moyen-Age, le vigne règne en maître le long des coteaux du Loing et dans la plaine gâtinaise, satisfaisant une demande qui va bien au-delà de la consommation locale. Tout au long du Moyen-Age, le vin du Gâtinais figure parmi les meilleurs du royaume. Même au XVIIème siècle, il continue de concurrencer le vignoble champenois. Profitant de l’essor du marché, nos vignerons se tournent alors vers des cépages plus productifs, au détriment de la qualité, pour répondre à la demande accrue des négociants parisiens. Même si la quantité est là, le caractère de plus en plus ordinaire des vins ne résistera pas à la crise du phylloxera en 1903, signant la disparition définitive de la vigne et la réorientation vers le maraîchage et le développement de la culture fruitière. Depuis des siècles, le vignoble local était agrémenté d’arbres fruitiers, pommiers, poiriers, pruniers ou noyers destinés à la consommation locale autant qu’à la confection d’eaux-de-vie traditionnellement très présentes sur les tables. Faute de continuer à vendre du vin, les producteur locaux vont désormais vendre des fruits et des légumes.

La cité royale de Moret-sur-Loing au XVIème siècle
Gravure de Claude Chastillon

C’est sous le règne de François 1er que les premiers noms de famille et les premières dates apparaissent de façon claire. Le plus ancien s’appelle Thibault DIMBERT, probablement né en 1530 à Moret-sur-Loing. On ne sait rien de plus de lui sauf qu’il a épousé Madeleine MARESCHAL, morétaine comme lui, et que celle-ci lui a donné un fils, Edme DIMBERT dont la petite fille Madeleine DIMBERT épouse, en 1651, un vigneron nommé Pierre RIGAULT dont le père est marchand aux Sablons. Suite à ce mariage, le nom de DIMBERT disparait, de façon durable, de la généalogie.

Vignerons au fil des générations

Le premier vigneron, cité en tant que tel, a pour nom Jean BERGERON, né vers 1560 à Moret. On devine que son père était aussi vigneron mais les documents à notre disposition ne remontent pas plus loin. De son mariage avec Claudine CHASTELAIN nait un fils, Claude BERGERON qui épouse en 1611 Marie DUBOURREAU, la fille du garde de la vacherie de Moret. De leur mariage nait au moins une fille, Barbe BERGERON qui épouse, en 1644, Michel BREDILLARD. Peut-être s’agît-il du fils d’Etienne BREDILLARD, un vigneron né aux alentours de 1590 et marié en 1612 à Sébastienne DUFOUR, mais la filiation n’est pas établie de façon certaine. Le nom de BREDILLARD n’est pas antérieur et sa répartition géographique se limite, en fait, uniquement à quelques communes du Gâtinais dont Egreville, Villebéon, Chaintreaux et Villeneuve-la-Guyard. Michel BREDILLARD est vigneron et morétain, plus précisément établi aux Sablons. De son mariage avec Barbe BERGERON naissent huit enfants dont 5 parviennent à l’âge adulte, un fait vraiment peu commun à une époque où la mortalité infantile est considérable. En un temps où l’eau est impropre à la consommation et responsable de dysenteries généralement fatales, le vin est une boisson vertueuse dont on dit qu’elle a constitué une première victoire sur la mort.


Un petit tour en compagnie des hauts fonctionnaires royaux

       
 Parmi les cinq enfants de Barbe et Michel, celui qui nous intéresse est Louis BREDILLARD, vigneron de profession qui épouse, en 1680, Marie JAMES, la fille d’un tisserand de Moret. Celle-ci va donner naissance à 7 enfants dont 5 parviennent à l’âge adulte, à savoir deux garçons et trois filles. Jean BREDILLARD, le petit dernier de la fratrie épouse, en 1711, Jeanne CARRÉ. Il a 20 ans, elle en a 19. Il est vigneron comme son père. Quant à la jeune Jeanne, son père Edmé est vigneron mais aussi tonnelier. Les CARRÉ sont morétains de père en fils et de mère en fille mais, contrairement à la plupart des familles locales, ils occupent, semble-t-il, des responsabilités dans la vie de la cité. Estienne CARRÉ, le premier était greffier au baillage de Moret au temps du roi Henri IV. De son premier mariage avec Claude Camelin nait Estienne CARRÉ qui va connaître un destin exceptionnel comparé à la monotonie de la vie vigneronne. Son épouse Louise CHARRYER est la fille de Jean CHARRYER, un haut fonctionnaire de l’époque mêlant la charge de Procureur du Roy au baillage de Moret à celle d’avocat au Parlement de Paris. Le mariage n’avait, à ce propos, pas été célébré dans la modeste église de Moret mais à Fontainebleau, dans la nouvelle église St Louis construite à la demande Marie de Médicis. On peut, à cette occasion, imaginer la présence de quelques hauts dignitaires. A la mort de son beau-père, Estienne CARRÉ hérite de ses charges et devient lui-même Procureur du Roy et avocat au Parlement de Paris. Sa descendance va peu à peu se mêler à l’aristocratie.
Le roi Henri IV
Issu d'une vieille famille morétaine, Estienne CARRÉ est greffier au baillage de Moret et il parait évident qu'il a du personnellement saluer le roi lorsque celui-ci se rendait au château de Moret pour aller retrouver sa favorite Jacqueline de Bueil.  

La branche qui nous concerne part du second mariage d’Estienne CARRÉ avec Marguerite BARDEAU. Leur fils, Edmé CARRÉ, n’aura, en revanche, pas le destin de son demi-frère Estienne. Il s’inscrit dans la déjà vieille tradition familiale, devenant vigneron, mais aussi, ce qui est moins commun, taillandier à Moret. Il épouse Marguerite LEVEAU dont il a un fils Edmé CARRÉ, lui aussi vigneron mais surtout maître tonnelier. Né en 1646, il s’est marié avec Edmée BRISSART, native de Thomery, une fois n’est pas coutume. Leur fille Jeanne CARRÉ épouse Jean BREDILLARD en 1711. Ils vont avoir douze enfants mais, signe des temps, seuls quatre parviendront à l’âge adulte, parmi lesquels Ange-Savinien.  

Les grands crises du XVIIIème siècle

Ange Savinien Potentien BRÉDILLARD, vigneron, épouse, en 1757, Jeanne BOUQUOT, issue d’une famille de vignerons parmi les plus anciennes de Moret. L’improbable prénom qu’est Ange Savinien Potentien pourrait correspondance au jour de sa naissance, sachant que la St Savinien est fêtée le 31 décembre. Savinien et Potentien furent deux missionnaires chargés par le pape d’évangéliser la région au IIIème siècle et il n’est pas exclu qu’ils soient passés par Moret avant leur martyre à Sens où sont conservées leurs reliques. La piété des gens de Moret tenait à deux facteurs essentiels : la mortalité infantile et les aléas de la météo. A partir de l’année 1709, le dérèglement climatique a eu des conséquences dramatiques. Le froid s’est d’abord abattu et des températures glaciales se sont installées durant des mois provoquant un désastre pour les récoltes. La famine a, alors, sévi à grande échelle. Puis est venu le temps des pluies, entraînant des inondations à répétition et le pourrissement des semences. 


C’est ensuite la canicule qui s’installe à l’aube des années 1720. Les récoltes s’effondrent, provoquant de nouvelles disettes. A contrario, le réchauffement climatique a pour conséquence une surproduction de vin et pour corollaire la chute vertigineuse des prix. Les revenus des vignerons en souffrent au point que le gouvernement de Louis XV interdit, en 1731, la plantation de vignes. En 1740, le froid fait son grand retour. Les prix s’envolent en raison des mauvaises récoltes et la disette s’installe, faisant au moins 100 000 morts supplémentaires. Après une période de répit marquée toutefois par un record épidémique, les années 1770 commencent par des épisodes pluvieux d’une rare intensité. A Moret, le Loing déborde à un niveau qui ne sera jamais égalé par la suite. On raconte que les eaux dévastent le cimetière déterrant les cercueils qui flottent au gré des courants.

Chez les BRÉDILLARD, la résilience est bien là même si Jeanne et Ange Savinien perdent 3 de leur 4 enfants. Né 1761, Jean-Baptiste BRÉDILLARD épouse, en 1786, Anne-Louise CHARMEUX, une jeune morétaine de son âge dont la famille originaire de Thomery se consacre déjà au travail de la vigne et à la tonnellerie lorsque apparaissent, au cours du XVIème siècle, les tout premiers registres d’état civil. De leur mariage naissent 7 enfants dont 4 meurent à la naissance ou en bas âge.


          Morétains et tous cousins

Jean Thomas BRÉDILLARD, vigneron comme Jean-Baptiste, son père, épouse en 1812, une jeune morétaine de 19 ans, Marguerite PANIER. Chez les PANIER comme chez les BRÉDILLARD, on n’échappe pas à la règle, on est vigneron. Il faut imaginer le paysage, aux alentours de la vieille cité de Moret qui possède encore une large partie de ses remparts avec à proximité les hameaux des Sablons et de Veneux-Nadon. La vigne y est omniprésente jusqu’au pied du côteau qui donne sur la plaine à fourrage que bordent la Seine et le Loing. La voie ferré n’existe pas encore.  

Jean Etienne BRÉDILLARD, le fils de Jean Thomas épouse, en 1838, Marguerite MOUSSARD, descendante d’une famille de vignerons de Veneux-Nadon et des Sablons dont la mère est une RIGAULT et la grand-mère une PRIEUR, deux noms qui figurent parmi les plus solidement implantés au niveau local. Le couple a deux garçons.

Le capitaine BRÉDILLARD

Né en 1840, l’aîné, Auguste Apollinaire BRÉDILLARD, choisit la carrière militaire. Il entre au 13ème de Ligne qui, devenu en 1870 le 113ème Régiment d’Infanterie de Ligne, est affecté à la défense de Paris. Stationnée par la suite à Blois et à Romorantin, l’unité jouit alors d’une réelle popularité, faisant même l’objet d’une chanson créée par le célèbre chansonnier Aristide Bruant. Auguste Apollinaire est répertorié comme Capitaine Trésorier du régiment et se voit décoré de la Légion d’Honneur en 1888. Il prend sa retraite à Viella, un village du Gers où il épouse Marie Henriette SABAIL, une femme de la région dont nous ne savons presque rien. Auguste Apollinaire meurt en 1907 à l’âge 67 ans et est enterré au cimetière de Viella.

Ulysse Étienne BRÉDILLARD, le cadet, nait en 1842. Il choisit le métier de vigneron, laissant à son aîné le gout de l’aventure. En 1865, il épouse une jeune fille de Montarlot, Rosine CHESNEAU avec laquelle il va s’installer au faubourg d’Ecuelles, tout près du canal du Loing.

Contrairement aux BRÉDILLARD, vignerons jusqu’au bout des ongles depuis toujours, les CHESNEAU ont fait preuve d’une certaine mobilité au fil des générations et ont varié les métiers, apportant à leur propre branche généalogique une vraie touche d’originalité.



Les CHESNEAU de Montarlot

Le père de Rosine, François Victor CHESNEAU a épousé Marie Rose RABOTIN dont l’arbre généalogique familial est loin d’être ordinaire. Du côté CHESNEAU, la famille est venue habiter Montarlot au cours des années 1760 après avoir vécu à Courlon-sur-Yonne depuis au moins le XVIème siècle. Ils n’étaient pas vignerons mais laboureurs, un autre métier de la terre, mais celui-là voué à la culture des céréales. On ne connaît pas la raison réelle de ce déménagement hormis peut-être le fait que Victor CHESNEAU, le grand-père de François Victor s’est retrouvé orphelin à 13 ans après la mort de son père dont le statut de manœuvrier n’avait, de toute façon, vraiment rien d’enviable. Le jeune Victor a peut-être choisi très tôt de prendre la route en quête de travail. Installé à Montarlot, il épouse en 1773 une jeune fille du village Anne Michèle PETIT qui lui donne une fils, François Victor CHESNEAU. Installé à Montarlot, celui-ci devient cultivateur. Il fait la connaissance d’une jeune fille de Villecerf, Aimée Omer PINEAU, qu’il épouse en 1804.    

        

Montarlot, un terroir isolé à deux pas seulement de Moret

   
A
la différence des CHESNEAU qui exercent depuis des générations le métier de laboureur, les PINEAU sont maçons de père en fils et ne sont venus habiter Villecerf qu’au début du XVIIIème siècle. Ils étaient originaires de la Marche (actuel département de la Creuse), une région bien connu depuis le Moyen-Age pour avoir formé des maçons qui ont activement participé aux grands chantiers de l’époque et notamment les cathédrales. Originaire de St Sulpice en Dunois, Blaise PINEAU a vraisemblablement quitté sa terre natale au cours des années 1670 pour l’Ile de France où la fièvre bâtisseuse de Louis XIV et de sa cour attiraient tous les corps de métiers. Pour un maçon creusois, le choix de Villecerf ne tenait pas du hasard. A moins d’une lieue, s’élevait le somptueux château de Challeau, élevé au siècle précédent, pour lequel le nouveau propriétaire Louis Urbain de Caumartin, intendant des finances, entreprenait de somptueux travaux d’embellissement. Boileau et La Fontaine comptaient, alors, parmi ses hôtes réguliers.

Revenons à présent à Marie-Rose RABOTIN, la mère de Rosine CHESNEAU, l’arrière grand-mère de Mireille. Son père Pierre Gabriel RABOTIN s’est installé à Montarlot mais la famille vient en fait de Moret. L’un deux a été vigneron, jusque-là rien d’anormal, sauf que ce métier n’est pas vraiment inscrit dans les gènes des aïeux. Le père et le grand-père de Pierre Gabriel sont tous deux laboureur mais son arrière grand-père Henri RABOTIN a été boulanger à Moret.

Boulanger ! Voilà bien un de ces métiers hautement traditionnels jusqu’ici bien absent de la généalogie familiale. C’est un RABOTIN qui l’ajoute au palmarès. Et ce n’est pas un accident car le père d’Henri, Thomas RABOTIN, est lui aussi boulanger tandis que son épouse Marie-Louise FROMAGÉE est sage-femme. Quant à son père, François RABOTIN, il est meunier. Le pain et le vin, quel symbole ! et si l’on y rajoute les maçons creusois bâtisseurs de cathédrales…..mais poursuivons notre aventure, et là ça va décoiffer.

L'organiste de Moret

Henri RABOTIN, notre boulanger de deuxième génération est né à Moret en 1704. Il a donc 11 ans à la mort de Louis XIV. Même son arrière-grand-père a connu Louis XIV, c’est peu dire de l’importance du personnage dans la société. De son côté, Henri RABOTIN épouse la toute jeune Catherine Françoise DELACOURCELLE. Il est plus âgé qu’elle de 10 ans, le signe qu’il doit jouir à Moret d’une bonne notoriété. Catherine Françoise n’est effectivement pas n’importe qui dans la cité ; elle est certes issue d’une famille nombreuse mais son père François DELACOURCELLE est maître d’école et surtout l’organiste titulaire de l’église Notre Dame de Moret. Non seulement il sait lire et écrire le latin mais il lit aussi la musique. Il impose le respect, c’est peu de le dire. Pour le boulanger de la paroisse, épouser sa fille est plus qu’un honneur, c’est un privilège.

Datant du XVIème, l'orgue de l'église Notre Dame de Moret.  On y associe depuis le XVIIIème siècle, le nom de François DELACOURCELLE

L’histoire des DELACOURCELLE est celle de ceux qui, en ces temps où la société commence à bouger, participent à la naissance d’une nouvelle catégorie, la bourgeoise, qui acquiert les bases indispensables à son élévation dans l’échelle sociale que sont l’écriture et la lecture. Il est né à Tousson, un village près de La Chapelle-le-Reine, au cœur de la plaine gâtinaise et l’on a beau chercher, le premier de la lignée, Jehan DELACOURCELLE est laboureur à Tousson, rien de plus. Son fils François DELACOURCELLE va bousculer les lignes en devenant maître des écoles dans le village de Boynes, amorçant la nouvelle destinée de la famille. Son fils, prénommé lui aussi François, est greffier mais surtout directeur des écoles à Malesherbes. Il finit sa carrière à Moret où il décède en 1719 auprès de son fils, encore un François qu’il a accompagné au long de sa vie. Ce François n’est autre que l’organiste de l’église de Moret. Il a été littéralement béni des dieux. Son mariage avec Françoise BOURGOIN le propulse en effet dans une dimension qu’il n’avait certainement pas imaginé. Elle a effectivement pour père Germain BOURGOIN, un natif de Melun dont le propre père s’est déjà fait une solide réputation en qualité d’organiste mais surtout de calligraphe et maître écrivain. Germain BOURGOIN initie son gendre François DELACOURCELLE à la musique avant de lui confier l’orgue de l’église de Moret, un petit chef d’oeuvre datant du roi Henri II qui a été rénové par le facteur parisien François Du Castel avant d’être relevé par un certain Alexandre Laurent en 1690.

En quinze ans de mariage, Françoise BOURGOIN donne naissance à 13 enfants avant de mourir à 39 ans. Huit décèdent en bas âge mais cinq d’entre eux parviendront à l’âge adulte et feront même carrière. Des quatre garçons, trois vont marcher dans les pas de leur père et devenir organistes, le quatrième se fera serrurier. La fille, Catherine Françoise DELACOURCELLE, assure le lien avec notre généalogie familiale en épousant Henri RABOTIN.



Nous voilà revenus en 1839, au moment où Marie Rose RABOTIN épouse François Victor CHESNEAU. Ils ont une fille, Rosine, qui assure le lien avec la branche BREDILLARD en épousant Ulysse Etienne BRÉDILLARD. Ils ont deux enfants, une fille, Marie Rosine qui naît en 1868 et un fils Ulysse Auguste, né en 1876. Son grand-père Jean Etienne, âgé de 62 ans est même venu à son baptême.

Rosine Françoise CHESNEAU (1844-1941)
"Grand-mère Rosine", une image tout droit sortie du XIXème siècle. Née sous Louis-Philippe, fidèle à se vêtements d'un autre âge, elle a fait preuve, sa vie durant, d'une résistance à toute épreuve. Infatigable, elle a travaillé "au champ" jusqu'à sa toute dernière heure.
A 96 ans, il lui a fallu parcourir la route de "l'Exode" au mois de juin 40. Elle en est revenue pour reprendre le travail, ses mains noueuses symbolisant le labeur sans fin d'une vie entièrement vouée à la terre, sans répit, sans retraite.
Jusqu'à cette journée de 1941, au retour du jardin, où, pour la première fois, elle s'est sentie fatiguée, et s'est éteinte en douceur. Elle avait 97 ans.

Marie BREDILLARD épouse Désiré BOISSEAU, un cultivateur de Moret. Le couple s’installe au faubourg d’Ecuelles, chez les parents de Marie. Désiré meurt en 1939 tandis que Marie Rose, dite « la tante Marie » s’éteint en 1952 à 84 ans sans avoir eu d’enfant.

Un BRÉDILLARD aux Sablons

Ulysse Auguste, dit « Grand-Père » est vigneron comme son père. Il a effectué son service militaire à Paris, à la fringante caserne du Château d’Eau, place de la République où sont désormais regroupées les troupes éparpillées, jusque-là dans la capitale. En 1901, il épouse Marceline MONCOURT, une jeune fille des Sablons âgée de 20 ans. Ce mariage constitue un évènement de poids car il scelle l’union entre deux familles symboliques de la tradition vigneronne locale qui, depuis au moins 5 siècles, ont vécu côte à côte sans pratiquement se croiser. La généalogie des BRÉDILLARD n’avait jusque-là accordé aucune place aux MONCOURT qui de leur côté, ne s’étaient jamais allié aux BRÉDILLARD.

Ulysse quitte Ecuelles pour aller vivre aux Sablons avec Marceline. Il fait construire la maison où ils vont habiter au 111 avenue de Fontainebleau. Le terrain fait partie de la dot de Marceline. Ulysse en profite pour acheter le jardin qui s’étend jusqu’au petit chemin où est bâtie la maisonnette. Le 2 décembre 1902, Marceline met au monde un garçon prénommé Louis. Louis Ulysse BREDIILARD sera leur unique fils. 

Ulysse Auguste BRÉDILLARD (1876-1966)
Vigneron comme l'exigeait la tradition familiale, il ne pourra, toutefois, échapper à la destinée de sa génération en se trouvant engagé dans la 1ère Guerre Mondiale. Mais loin de Verdun et du front de Champagne, c'est en Grèce, en Bulgarie et pour finir en Crimée qu'il défendera l'honneur de la France. Meurtri à jamais par les terribles images auxquelles il aura été confronté, il s'efforcera de protéger les siens en n'évoquant jamais ses 4 années passées dans l'enfer des Balkans.  

        Lorsque la guerre éclate en 1914, Ulysse, alors âgé de 38 ans, est intégré dans la réserve territoriale et affecté à Varennes-sur-Seine au ravitaillement des régiments en essence. Et voilà qu’en septembre 1915, il est mobilisé pour partir en campagne sur le front d'Orient, plus précisément en Grèce, à Salonique où les gouvernements français et anglais ont décidé d’envoyer des troupes pour venir en aide à l’armée serbe, face à la poussée des troupes austro-hongroises et à l’entrée en guerre de la Bulgarie. En tant que vétéran élevé au grade de sergent, Ulysse est intégré dans les régiments de génie avec pour charge d’assurer le ravitaillement des unités envoyées sur le front. Il part de Marseille le 4 novembre 1915 à bord du Burdigala. Marceline, son épouse, et le jeune Louis ont fait le voyage en train jusqu’à Marseille pour lui dire au revoir. On ne sait, alors, combien de temps va durer cette expédition mais on ne se fait guère d’illusion, ce sera surement pour longtemps. Ulysse découvre, en Grèce, la réalité d’une guerre bien différente de ce qu’elle est en France. Le général Sarrail qui commande l’Armée d’Orient ordonne au cours des premiers mois de construire un immense camp retranché à Salonique, dans un endroit qualifié d’insalubre, pour lequel les services du génie sont mobilisés de même qu’une importante main d’œuvre civile. 
               Au mois de juillet 1916, l’armée française entre en mouvement vers la frontière de Macédoine. Les Bulgares viennent, en effet, d’y lancer une puissante offensive. Ulysse va désormais devoir évoluer au plus près du danger. Ici, pas de tranchées mais des paysage accidentés et sauvages dans un milieu hostile à travers lequel il faut faire des allers et retours périlleux sur des chemins escarpés, conduisant des ânes chargés de munitions à destination des soldats du front. Cette épreuve ne s’achèvera pas à la signature de l’armistice, malgré la débâcle des armées austro-hongroises et de leur allié turc, car le régiment auquel appartient Ulysse est chargé d’une autre mission. Il passe sous les ordres du général d’Anselme dont la Division a été chargée d’épauler l’armée russe qui combat les bolcheviks. Il part pour Odessa puis Sébastopol mais, par manque de moyens, cette intervention se solde par échec. L’armée française préfère se replier et au mois de juin 1919, Clemenceau prend la décision de mettre fin à l’opération et décide du retour en France de toutes les forces armées. Ulysse est enfin de retour à la maison après 4 ans et demi d’absence.

L'armée française arrivant en Macédoine

Durant son absence et l’absence de tous les hommes valides partis sous les drapeaux, ce sont les femmes qui ont pris les rênes. Les travaux des champs ont continué, mobilisant aussi les plus jeunes comme Louis, « pépé ». Les voitures étant encore un luxe, les déplacements s’effectuent avec le cheval qui tire la charrette sur laquelle sont chargés les paniers de fruits et de légumes destinés aux marchés. Marceline prend ainsi plusieurs fois par semaine la direction de Fontainebleau, à près d’1heure et demi de route, où elle vend sur le marché la production familiale. La disparition de la vigne à vin a fait place à une autre culture du raisin, celle du chasselas, dont les grappes vert pâle ont fait, depuis les années 1850, la réputation de la commune voisine de Thomery. Le propre de ce raisin, dit de table, est sa technique de conservation qui en permet la consommation jusqu’au bout de l’hiver. Sa réputation va alors jusqu’en Russie, preuve qu’il est considéré comme un produit de luxe et donc très rentable. C’est un CHARMEUX qui a mis au point son procédé de conservation. Un CHARMEUX de Thomery mais aussi un cousin des BREDILLARD. Et donc à Veneux, on s’est empressé de construire des « chemins de longs sillons », ces longs murs parallèles, exposés au soleil qui s’étendent sur des parcelles étroites et le long desquels poussent les vignes dont les grappes font l’objet d’un soin tout particulier dès leur formation. Grâce au sulfatage, le chasselas a pu résister au mildiou et triompher du phylloxera, du fait notamment de sa haute réputation. On ne l’appellera pas chasselas de Thomery y préférant celui de « chasselas de champagne », jouant habilement sur la réputation du Champagne en tant que vin et le nom Champagne, une commune voisine de Veneux-les Sablons où l’on produit aussi du chasselas.

La conservation du chasselas ? Toute une histoire ! Il faut d’abord cueillir la grappe en y laissant à la base un bout de sarment de quelques centimètres que l’on appelle la « râfle ». On va plonger celle-ci à travers le col d’une petite bouteille remplie d’eau dans laquelle on a introduit un morceau de charbon de bois. Au fil des semaines, voire des mois, le charbon de bois enrichit l’eau de composés organiques qui, au contact de la râfle, continuent d’alimenter la grappe conservant aux grains leur fermeté et leur saveur. Dans chaque maison sont réservées des pièces destinées à la conservation du chasselas. Celle-ci sont reconnaissables à leurs murs blanchis tapissés de rangées de planchettes de bois sur lesquelles sont fixées des dizaines de fiolles en verre à l’intérieur desquelles on introduit la râfle du raisin, laissant la grappe pendre à la verticale.

La guerre achevée, la vie reprend son cours. Louis épouse en 1926 Alice BARDOUX, dont les parents, arrivés quelques années plus tôt de la Champagne et qui, bien qu’ayant été, au départ, considérés comme des étrangers, se sont rapidement intégrés au petit monde fermé de Veneux-les Sablons grâce à leur expérience de la vigne et des travaux de la terre. Mireille, leur fille unique, naît en 1930. Et là, commence une autre histoire…..            





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