dimanche 12 avril 2026

La branche TONDU

 Au coeur de la Brie Champenoise

La branche dont nous tenons aujourd’hui notre nom de famille n’est pas la plus documentée. Il nous faut, en fait, attendre le début du XVIIème siècle pour disposer, à son sujet, de réelles informations chronologiques et géographiques. Le berceau de la famille se situe dans le village des Ormes-sur-Voulzie, au cœur de la Brie, entre Provins et Bray-sur-Seine, plus précisément dans le hameau du Moulin d’Ocle, tel que mentionné dans divers actes de l’époque. Au cours du 16ème siècle, le fief relevait, alors, de la châtellenie d’Everly. Il avait appartenu à la famille de Brichanteau avant d’être cédé à Gabriel de La Vallée, chevalier et gentilhomme de la chambre du Roi, mort en 1610 à l’âge de 100 ans, un véritable record pour l’époque. Le Moulin d’Ocle venait de traverser des heures mouvementées, sa chapelle ayant notamment été détruite par les Huguenots en 1567. Les habitants étaient en grande majorité des paysans voués à la culture céréalière et travaillant sur les domaines seigneuriaux.


C’est aux alentours de l’année 1610 que nait Jean TONDU. Bien qu’on ne connaisse rien de ses parents, il est logique de penser que la famille habite le Moulin d’Ocle depuis plusieurs générations. Jean se marie avec Jeanne MAREIL, originaire du même village dont on sait seulement qu’elle est la fille de Robert MAREIL et d’Huberde X. D’une étonnante longévité pour l’époque, Jeanne mourra à 91 ans, à croire que l’air que l’on respirait aux Ormes avait des propriétés particulièrement bénéfiques. Jean TONDU exerce, quant à lui, le métier de laboureur, à l’instar de la majorité des habitants du village et très certainement de ses propres ascendants. Né en 1643, son fils Hubert épouse, en 1674, Louise COUTEROT-BERNARD, une femme de 15 ans son aînée, veuve en premières noces et qui a déjà donné naissance à 9 enfants. Il a d’elle un fils, Edmé, né un an plus tard. 

Monsieur le Procureur Fiscal

La famille TONDU restera attachée à son village de la Brie champenoise jusqu’au milieu du XVIIIème siècle. Outre son métier de laboureur, Edmé TONDU occupe la redoutable charge de procureur fiscal, représentant autant le seigneur, en l’occurrence Antoinette de MESME, dame de Bray alliée aux Rochechouart, que ses administrés. Craint et respecté, il est chargé de requérir et transmettre au bailli les faits portés à sa connaissance dans la perspective d’un jugement. On en conclut qu’il savait au moins lire et écrire, un privilège rare pour un membre du monde paysan. Son petit-fils, prénommé lui aussi Edmé, est le premier de la lignée à épouser une femme n’habitant pas aux Ormes-sur-Voulzie. Originaire de Meigneux, celle-ci s’appelle Catherine THULARD et est issue d’une famille  dont les premiers représentants connus sont mentionnés au cours du dernier quart du XVIème siècle. Résidant à Meigneux et Mons-en-Montois depuis au moins 5 générations, les THULARD sont aussi laboureurs de père en fils. Dès son mariage, le couple part s’installer à Vimpelles à quelques kilomètres des Ormes, probablement du fait de besoins de main d’œuvre.

Le mystère de Bombon

Il va alors se passer un évènement qui interroge. Alors qu’ils se sont installés à Vimpelles depuis leur mariage en 1759, qu’Edmé y exerce la fonction de fermier et que Catherine a déjà donné naissance à 9 enfants dont malheureusement 4 seulement ont survécu, les voilà qui se rendent à Bombon où va naître, en 1773, le dernier de la fratrie, prénommé Cyr Simon. Située à 10 lieues de Vimpelles, soit près d’une journée de marche, la terre de Bombon dont la comtesse Edmée Charlotte de Brenne avait assuré la réputation, présentait un certain intérêt pour des cultivateurs chevronnés. On est, dès lors, en droit d’imaginer que les époux TONDU souhaitaient, peut-être, conjurer la perte prématurée de leurs trois derniers enfants sur une nouvelle terre d’accueil. Il ne s’agît là, bien sûr, que de conjectures. On est certain qu’ils sont les parents de Cyr Simon TONDU d’après un acte de mariage daté de 1800 mais la venue inopinée de ce dernier rejeton soulève quelques questions. Tous les autres enfants d’Edmé TONDU et de Catherine THULARD resteront solidement attachés à Vimpelles et c’est dans ce même village qu’Edmé trouvera accidentellement la mort en 1776 à l’âge de 47 ans, laissant à Bombon ce fils de trois ans. On ne sait ce qu’est devenue son épouse Catherine. A-t-elle quitté ses premiers enfants pour élever ce dernier fils ? On sait seulement qu’elle ne retournera pas à Vimpelles et élira domicile dans ses dernières années chez ses cousins de Rampillon où elle décèdera en 1793.

Le château de Bombon construit au début du 18ème siècle par le comte Basile de Brenne de Postel

             De son côté, Cyr Simon reste vivre à Bombon où il va exercer le métier de charretier. Il épouse en 1800 Victoire Cécile MARIAT, une native de Bombon dont les parents sont originaires d’Ozouer-le-Repos, et dont le père est aussi charretier. Cela tombe bien. Leur fils Charles Simon TONDU, natif de Bombon, choisit, en revanche, de devenir maçon et épouse, en 1835, Rosalie COTY, une jeune femme originaire de la commune voisine de Fouju dont la mère Marguerite née AMBLARD est issue de deux générations de bergers précédées par cinq autres générations de vignerons, les CHICQUET et les MOROUX. Remontant au moins au début du XVIIème siècle, les origines de ces 3 familles se situent dans les villages de Gron et Marsangy situés sur les rives de l’Yonne à quelques kilomètres au sud de Sens.

Sur la piste des bergers

De vignerons, les AMBLARD sont devenus bergers. Né en 1721, Jérôme AMBLARD a abandonné le travail de la vigne et le territoire familial pour la plaine briarde, peut-être au gré des déplacements de son troupeau. On le découvre à Fouju, un hameau dépendant de la paroisse de Champeaux, où il épouse, en 1747, Marie MARANT, une femme de 31 ans originaire des lieux. De cette union naissent 6 enfants, 2 garçons et 4 filles, toutes mortes en bas âge. Marie venant à décéder en 1760 à l’âge de 44 ans, Jérôme se remarie à deux reprises mais aucun des enfants issus de ces nouvelles unions ne survivront. Prénommé aussi Jerôme, son fils choisit le métier de berger mais abandonne l’itinérance pour élire définitivement domicile à Fouju.

Le maçon de Mormant

Marié à Françoise FLEURY, Jérôme AMBLARD est le père de 4 garçons dont l’un deviendra berger, le second cabaretier, le troisième manouvrier tandis que le 4ème intégrera en 1805 l’armée de Napoléon au sein du 88ème régiment d’infanterie de ligne. Le couple a aussi une fille, Marguerite Ursule AMBLARD qui épouse en 1808 Jean-Baptiste COTTY, un voiturier de Moisenay âgé de 35 ans, tout récemment veuf en premières noces. Née en 1782, Françoise décédera en 1874 à l’âge de 92 ans. Sa fille Rosalie Ursule COTTY se marie, en 1842, avec Charles Simon TONDU, le fils de Cyr Simon et de Victoire Cécile MARIAT. Le couple s’installe à Bombon où l’époux exerce le métier de maçon. Ils vont avoir un fille et deux garçons dont Jules Alphonse, né en 1842. Il est probable qu’en raison de son métier, il ait choisi d’aller habiter à Mormant avec sa famille au moment où la commune a entrepris en 1845 la construction d’une école pour les filles.


            Devenu maçon comme son père, Jules Alphonse TONDU, épouse en 1865, à Mormant, Marie-Amélie TARABON, une jeune couturière de 17 ans originaire de Tournan-en-Brie. Un an plus tard nait Blanche Alphonsine (1866-1909), puis viennent Eugénie Marie (1870-1918), Jules-Léon (1875-1920) qui deviendra maçon, et enfin le petit dernier Eugène Michel qui voit le jour le 25 novembre 1887 à Mormant après 22 ans de mariage.  

        Eugène TONDU suit l’exemple paternel. D’abord maçon, il va devenir peintre en bâtiment avec une spécialisation pour les effets de faux bois et faux marbres.

Les cicatrices de la guerre

Lorsqu’éclate la Guerre le 2 aout 1914, Eugène TONDU est engagé dans les bataillons de réserve. Il rejoint à Melun le 346ème Régime d’Infanterie qui, bien que composé en majorité d’hommes murs exerçant déjà un métier, va être sur la brèche tout au long du conflit, pratiquement sans connaître de repos. Le 346ème est de toutes les batailles. Il est, notamment, à Verdun, en 1916, au moment où les combats sont les plus meurtriers. Eugène y découvre ce qu’est véritablement l’enfer, sous le fracas des obus, dans les tranchées boueuses au milieu des rats, entre assauts et contre-assauts où rester en vie relève souvent du miracle. Il subit les attaques au gaz menées par l’armée allemande mais tient bon. 

1915 - Eugène TONDU (en bas à droite) et ses camarades du 346ème Régiment au repos dans le parc d'un château de Champagne à la veille d'un nouvel assaut. 

A partir du mois de juin 1918, son régiment est mobilisé du côté de la Marne où l’ennemi a lancé une vaste offensive. La contre-attaque s’amorce côté français, avec le soutien de régiments américains stationnés à proximité. L’artillerie bombarde les positions allemandes avant que les fantassins ne soient envoyés à l’assaut. C’est au cours d’une progression sous le feu nourri de la défense ennemie qu’Eugène est atteint d’un éclat d’obus qui manque de lui arracher le bras. Transporté sur un brancard jusqu’à la tente où l’on trie les blessés, les médecins français jugent, à la gravité de la blessure, qu’il va être nécessaire d’amputer le membre atteint. Un médecin américain qui se trouve là pour soigner les blessés de son unité estime, en revanche, pouvoir sauver son bras. Et il va réussir l’impossible. Eugène n’en retrouvera jamais l’usage total mais remerciera sa vie durant, l’armée américaine, d’avoir réalisé le miracle en lui conservant son bras.

Trois mois plus tard, la guerre s’achève enfin. A bientôt 32 ans, Eugène va pouvoir retourner à son vrai métier, sans toutefois jamais parvenir à effacer les images du cauchemar vécu tout au long de ces quatre années de mobilisation dont sa chair porte à jamais les meurtrissures. La paix revenue, il est, à présent, urgent pour lui, de se trouver une épouse. De retour du front, Eugène a pu reprendre son métier de peintre en bâtiment. Mais après avoir eu à subir les épreuves de la guerre, c’en était une autre, et pas des moindres qu’il venait de traverser. Jules, son frère aîné, aux côtés duquel il avait appris le métier de peintre et qui jouait, d’ordinaire, le rôle de chef d’équipe sur les chantiers qu’on leur confiait, était mort subitement deux ans plus tôt à l’âge de 44 ans. Bien qu’il n’ait eu qu’un seul bras mobile, Eugène était parvenu à conserver la confiance de l’artisan qui l’employait. Mais avec qui partager sa peine, désormais ? N’ayant plus ses parents depuis longtemps, Eugène avait aussi perdu sa sœur aînée, Alphonsine. Quant à l’autre sœur, Eugénie, elle vivait à Paris où elle était couturière. Ils ne se voyaient presque jamais. 

Quand Eugène recontre Angèle

L’histoire ne dit pas comment Eugène fit la connaissance d’Angèle. A déjà 26 ans, elle avait vu deux de ses sœurs partir l’une après l’autre au bras de leur mari. Julienne, la cadette, avait pris, quant à elle, le parti de rester « vieille fille ». Contrairement à sa grande soeur au caractère bien trempée, Angèle s’était toujours laissée porter par le courant, un peu ici, un peu ailleurs. Elle avait dû croiser Eugène à plusieurs reprises dans Mormant, peut-être même dès avant la guerre mais maintenant qu’il était revenu, ils s’étaient faits, comme raison, de ne plus se séparer. Ils se marièrent en 1922. Etant encore célibataire lorsque la guerre avait éclaté, Eugène avait déjà 35 ans lorsqu’il épousa Angèle. 

Moins d’un an après cette union, naquit une fille. Pour Eugène, rescapé de l’enfer de Verdun, miraculé de la Marne, cet évènement était comme une victoire sur le destin. Il était papa. Le bonheur n’allait cependant pas durer, leur fille contracta une de ces maladies infantiles encore fatales à l’époque. Elle allait décéder à la veille de son troisième anniversaire. Le funeste destin s’était à nouveau abattu sur Eugène tandis qu’Angèle s’obstinait à rester dans le déni de crainte de se sentir coupable de n’avoir pas su prodiguer les soins nécessaires. Deux ans après, très précisément le 29 mai 1927, Angèle mettait au monde son deuxième enfant, un garçon, cette fois-ci. Mais autant la naissance de leur fille avait suscité l’enthousiasme, la venue au monde de ce nouveau bébé paraissait n’avoir été qu’un accident. C’est comme si la perte précoce d’un premier enfant et le chagrin qu’elle avait provoqué risquait de se répéter avec le second. La crainte qu’il ne disparaisse prématurément était telle qu’on se demandait s’il n’aurait pas été préférable de ne pas en avoir. On appela cet enfant Bernard et on lui donna comme seconds prénoms, ceux de ses grands-pères Alphonse et  Charles. Il avait les traits de son père et les yeux du bleu de sa mère. La famille habitait à Mormant, dans la demeure familiale où Eugène avait lui-même grandi. Il s’agissait d’une maison de village construite à une époque où l’on ignorait encore ce qu’était le confort. Pas de salle de bains et juste une cuisinière en fonte qui servait aussi de poêle, sans compter les contraintes quotidiennes. Il n’y avait pas, non plus, l’électricité et l’on vivait le soir à la lueur de la lampe à pétrole ou du chandelier. Quant à l’eau courante, c’était encore un luxe réservé à certains privilégiés ; on faisait la lessive hebdomadaire au lavoir et on remplissait le seau au puits voisin pour l’usage de tous les jours. Telle était la vie d’alors. Par chance, Bernard était de bonne constitution, ce qui ne pouvait que rassurer Eugène, qui s’était rendu compte, avec le temps, que son épouse n’avait qu’une fibre maternelle limitée. Le petit Bernard était souvent livré à lui-même et un accident était toujours à craindre.

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